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30 janvier 2020 - Mis à jour le 11 mars 2020

Le journaliste Can Dündar dépose plainte contre le représentant permanent de la Turquie au Conseil de l’Europe, avec le soutien de RSF 

Can Dündar / RSF
Le 30 janvier 2019, le journaliste turc Can Dündar a déposé une plainte en diffamation contre le représentant permanent de la Turquie au Conseil de l’Europe, après que ce dernier l’a publiquement qualifié de "criminel" et de "fugitif" lors du Forum mondial de la démocratie. Une démarche soutenue par Reporters sans frontières (RSF).

Le journaliste et documentariste turc Can Dündar, ancien rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet et bête noire des autorités turques, était l’invité du Forum mondial de la démocratie au Conseil de l’Europe à Strasbourg le 7 novembre dernier. A l’occasion d’une table ronde organisée dans le cadre de ce forum et consacrée à la sécurité des journalistes, le représentant permanent de la Turquie au Conseil de l’Europe, Kaan Esener, a pris la parole pour dénoncer la participation de Can Dündar en formulant (en anglais) des accusations diffamatoires à son endroit : “Je suis le représentant permanent de la Turquie au Conseil de l’Europe. Je tiens à faire une remarque au sujet de la participation d’un criminel en tant qu’intervenant ici-même, et je me dois de protester. Can Dündar est un fugitif recherché par la justice, accusé d’avoir obtenu des secrets d’Etat et de les avoir divulgués sur les ordres du dirigeant d’une secte, et ce dans le but de porter atteinte aux intérêts de la nation turque et de l’Etat turc.” 

 

Face à la virulence de ces accusations mensongères, Can Dündar a déposé le 30 janvier, avec le soutien de RSF, une plainte avec constitution de partie civile auprès du Doyen des Juges d’instruction du Tribunal Judiciaire de Strasbourg. La plainte a été préparée et déposée à Strasbourg par Me Benoît Huet, avocat au barreau de Paris, engagé depuis plusieurs années auprès de l’organisation de défense de la liberté de la presse. “Can Dündar n’a fait qu’exercer son métier, celui d’informer, a déclaré Me Benoît Huet. Ses articles apportent une contribution déterminante au débat public relatif à une question d’intérêt général, à savoir la politique extérieure du gouvernement turc”.

 

Depuis plusieurs années, Can Dündar subit des menaces et des pressions de la part du pouvoir exécutif turc. En mai 2015, après la publication d’une enquête sur des livraisons d’armes par les services de renseignement turcs (MIT) à des groupes islamistes radicaux en Syrie, le président Erdogan avait publiquement déclaré qu’il le lui “ferait payer cher”.

 

“Qualifier Can Dündar de criminel est clairement diffamatoire, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Comment peut-on qualifier de criminel un journaliste de talent, qui fait honneur à son pays, et s’est contenté d’exercer sa liberté au nom d’un idéal de vérité ? Ces propos sont même attentatoires à sa présomption d’innocence au regard de la justice turque, pourtant habituée à incarcérer les journalistes. Le journaliste n’a jamais fait l'objet d’une condamnation définitive par la justice de son pays. De telles allégations constituent une tentative inacceptable d’intimider un reporter en exil et de l’empêcher de s’exprimer dans une enceinte internationale." 

 

Arrêté pour “obtention et divulgation de secrets d’États”, “tentative de renversement du gouvernement” et “espionnage” en novembre 2015, Can Dündar a été condamné par la justice turque en 2016 mais cette décision a été annulée le 9 mai 2018 par la Cour de cassation. Resté libre dans l’attente d’une décision en appel, Can Dündar ne fait aujourd’hui l’objet d’aucune condamnation pénale définitive. En mai 2016, à la sortie de l’audience de jugement, il avait été victime d’une tentative d’assassinat devant le palais de justice d’Istanbul, ce qui l’avait conduit à s’exiler en Allemagne. 

 

Le journaliste figure parmi les 25 membres de la Commission sur l’information et la démocratie, mise en place à l’initiative de RSF. RSF réitère son appel à abandonner toutes les accusations portées contre lui.

 

La Turquie occupe la 157e position sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par RSF.