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12 juin 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le gouvernement veut-il faire l’économie de la démocratie ?


Reporters sans frontières appelle le gouvernement grec à revenir immédiatement sur sa décision aberrante de suspendre les chaînes du groupe de télévision publique ERT. Les écrans de trois chaînes de télévision du groupe sont noirs depuis mardi 11 juin à 20 heures GMT, lorsque l’annonce de la coupure par le porte-parole du gouvernement, quelques heures plus tôt, a été mise à exécution. Ce dernier a imputé sa décision à une volonté de réforme en raison de la mauvaise gestion du groupe, mais la stratégie managériale paraît peu évidente. « A l’annonce d’une décision aussi soudaine et brutale, on ne peut ressentir que sidération et consternation, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Le gouvernement grec songe-t-il à faire l’économie de la démocratie ? Alors que la crise économique est déjà dangereuse pour le pays d’origine de la démocratie, la suspension des chaînes du groupe ERT témoigne d’un mépris pour la liberté de l’information prévue par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les méthodes utilisées sont proprement hallucinantes. » La Grèce figure à la 84ème place sur 179 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières en 2013, en recul de 14 places par rapport à l’année précédente. La situation de la liberté de la presse ne cesse de se dégrader en Grèce depuis 2011. La crise financière a provoqué un écroulement du modèle économique du secteur et contraint de nombreux journalistes à trouver refuge sur Internet. Les sites d’information se multiplient et deviennent progressivement la principale source d’information pour de nombreux citoyens. “Quitte à ne pas être payés, autant travailler utilement et essayer de réaliser ce qu’il n’est plus possible de produire au sein de la presse”, avait déclaré un ancien cadre d’un quotidien de référence à Reporters sans frontières lors d'une mission de l'organisation en Grèce en juin 2011. Les journalistes ne sont pas non plus à l’abri des foudres judiciaires, notamment lorsqu’ils s’intéressent d’un peu trop près à certains enjeux économiques, tel Kostas Vaxevanis, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Hot doc, dont le procès dans l'affaire de la "Liste Lagarde" s'est ouvert le 10 juin dernier. Parallèlement, des exactions quasi quotidiennes sont menées par les néo-nazis contre les journalistes et les supports d’information, traditionnels ou en ligne. Les mouvances anarchistes radicales mènent, elles aussi, la guerre aux acteurs de l’information lors de manifestations où les forces de l’ordre témoignent, à leur tour, d’une rare brutalité.