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23 avril 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le gouvernement s’en prend à la chaîne Geo News après l’attaque contre Hamid Mir


Reporters sans frontières est indignée de la tentative du gouvernement pakistanais d’interdire la diffusion de la chaîne Geo News suite aux allégations relayées par la chaîne d’information à l’encontre de l’Inter-service Intelligence (ISI) soupçonnée depuis plusieurs semaines par le journaliste Hamid Mir d’être à l’origine du projet d’assassinat dont il a fait l’objet le 19 avril dernier. Le 22 avril, l’Autorité pakistanaise de régulation des médias électroniques (Pakistan Electronic Media Regulatory Authority, PEMRA) a été chargée par le ministre de la Défense, Khawaja Muhammad Asif, de trouver un moyen légal d’attaquer Geo News sur la base des sections 33 et 36 de l’ordonnance de 2002 qui définit les compétences et le fonctionnement de cette autorité. Ces sections traitent des pénalités encourues pour “offense” qui peuvent se traduire en amende, peine d’emprisonnement ou confiscation de matériel selon les cas. La section 36 prévoit des sanctions en conséquences des actes reprochés sans les détailler, ce qui peut laisser craindre une éventuelle interdiction de diffusion. “Que Geo News ait relayé le témoignage du frère de la victime ne constitue pas une infraction. De plus, les agences de sécurité mises en cause ont eu toute latitude pour répondre aux soupçons dont ils font l’objet, par l’intermédiaire du service des relations publiques (ISPR). Nous mettons en garde les autorités contre toute procédure à l’encontre de Geo News ou de son présentateur, Hamid Mir”, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie Pacifique de Reporters sans frontières. Hamid Mir a été attaqué alors qu’il venait d'atterrir à Karachi le 19 avril. Peu de temps avant l’attaque, il avait déclaré à son frère, Amir Mir, “que s’il était attaqué, les services de renseignement seraient impliqués”. Celui-ci a relayé ces propos à Geo News qui se retrouve à présent accusée par le gouvernement d’avoir “terni” l’image du service de renseignement. Hamid Mir, présentateur de l’émission “Capital Talk” sur Geo News, avait écrit des articles incriminant les services de renseignement dans des disparitions forcées. Ces articles lui ont valu menaces et intimidations depuis 2011 ainsi que des poursuites judiciaires dans la ville de Quetta, au Balouchistan, où les services de renseignements sont particulièrement actifs. Le Pakistan figure à la 158e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières. Les services de renseignements pakistanais ont été répertoriés parmi les “prédateurs de la liberté de la presse” étant suspectés de disparitions et de meurtres de journalistes.