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7 avril 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le gouvernement doit rendre publics les documents relatifs aux violations des droits de l'homme commises sous son autorité


Reporters sans frontières demande au gouvernement des États-Unis de faire preuve de plus de transparence suite à la publication, sur le site internet Wikileaks, d’une vidéo montrant une attaque aérienne de l’armée américaine sur Bagdad, en juillet 2007, au cours de laquelle deux employés de l’agence Reuters et une dizaine d’autres personnes avaient été pris pour cibles et tués . Selon Wikileaks, la vidéo publiée, le 5 avril 2010, provient de “certaines sources militaires”. L’équipe du site l’a décryptée et postée sur collateralmurder.org. Aux États-Unis, le Freedom of Information Act (FOIA) oblige les agences fédérales à transmettre leurs documents à quiconque en fait officiellement la demande, sauf exceptions mentionnées dans la loi. En 2007, l’agence Reuters a déposé une requête officielle de publication des documents expliquant la mort de ses deux employés. Reporters sans frontières constate avec regret que cette démarche n’a jamais eu de suite. “Le gouvernement n’a pas à décider quelles informations sont bonnes pour l’opinion publique. Nous soutenons la démarche de Wikileaks car l’administration n’a pas tenu parole. Nous demandons au Pentagone de faire preuve de plus de transparence et à l’administration Obama de respecter pleinement la justice. La demande de Reuters doit être examinée à nouveau et les pièces concernant cette attaque aérienne doivent être portées à la connaissance du public. Si elle ne respecte pas le Freedom of Information Act, comme cela a déjà été le cas l’an dernier, l’administration Obama se rendra coupable d’une violation de la liberté de la presse et contreviendra à un principe fondamental de la démocratie : celui du libre accès des citoyens à l’information. Elle ne doit pas à nouveau trahir sa parole.” Un responsable de l'armée américaine a commenté auprès de l'AFP la diffusion de cette vidéo, qui selon lui "n'apporte pas d'information nouvelle, seulement des images". "Depuis 2007, nous avons reconnu tout ce qui est dans la vidéo", a dit le responsable sous le couvert de l'anonymat. "Nous avons reconnu que le raid avait eu lieu et que deux employés de Reuters (avaient été tués)", a-t-il expliqué. "Nous avions des insurgés et des reporters dans une zone où les forces américaines allaient tomber dans une embuscade." "A ce moment-là, nous ne pouvions pas discerner si (les employés de Reuters) portaient des caméras ou des armes", a insisté le responsable militaire. Le 12 juillet 2007, le photographe Namir Noor-Eldeen, 22 ans, et son chauffeur Said Chmagh, 40 ans, avaient été tués dans l’est de Bagdad par des tirs dont on ignorait l’origine exacte. Des témoins présents sur le lieu du drame avaient affirmé qu’un missile avait été lancé par un hélicoptère américain. Cependant, selon d’autres témoignages recueillis par Reuters, l’explosion aurait pu être provoquée par un obus de mortier tiré par des miliciens irakiens. Reporters sans frontières avait alors demandé qu’une double enquête soit menée par l’armée américaine et la police irakienne dans cette affaire. Depuis le début de la guerre en Irak, au moins 221 journalistes ont trouvé la mort, ce qui fait d’elle le conflit le plus meurtrier pour les journalistes. Juste avant son retrait du pouvoir, le 31 décembre 2007, George W. Bush avait promulgué des amendements au FOIA, qui facilitaient l’accès des citoyens à l’information. Pourtant, au même moment, 92 vidéos liées à des interrogatoires menés sur les prisonniers de Guantanamo Bay avaient été détruites et jamais diffusées publiquement malgré la demande officielle de l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU). Sur ordre de la justice fédérale, la CIA dispose d’un délai allant jusqu’au 15 avril prochain pour rendre publics des documents faisant état d’entretiens entre la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et Michael Sheeny, son chef de cabinet, concernant “l’amélioration des techniques d’interrogatoires”. Reporters sans frontières espère que l’agence fédérale tiendra parole.