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17 janvier 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le fils du Président en procès contre l'ancien quotidien du journaliste assassiné Carlos Cardoso


Dans une lettre adressée au Premier ministre, Pascoal Mocumbi, Reporters sans frontières (RSF) a demandé à l'ensemble du gouvernement mozambicain de tout mettre en œuvre afin que n'ait pas lieu ce procès qui oppose le fils du Président aux enfants de Carlos Cardoso. RSF a demandé au Premier ministre de peser de toute son influence auprès de la famille présidentielle afin que les charges retenues contre les responsables du quotidien Metical soient abandonnées. "Il est surprenant que la justice ait été si rapide dans cette affaire. Les enfants de Carlos Cardoso et l'ancien directeur de la publication sont jugés avant les assassins du journaliste. Cette justice à deux vitesses est inquiétante", a souligné Robert Ménard, secrétaire général de RSF. "Metical est poursuivi pour des propos qui n'ont pas été publiés dans le journal. Le fils du Président profite de sa position influente pour s'en prendre à l'un des symboles de la liberté de la presse au Mozambique", a ajouté M. Ménard. Selon les informations recueillies par RSF, le procès opposant le fils du Président, Nyimpine Chissano, aux enfants de Carlos Cardoso, responsables juridiques de Metical, et à Marcelo Mosse, ancien directeur du quotidien, doit s'ouvrir le 21 janvier 2002 à Maputo. L'avocat de Nyimpine Chissano reproche au quotidien la publication de deux articles comportant "de fausses informations de nature à compromettre l'image de (son) client et de sa famille". Il affirme notamment que le fils du chef de l'Etat n'a jamais "pénétré dans un poste de police de Maputo et insulté des policiers" comme l'a écrit Metical. Selon l'avocat, son client n'a jamais transporté de cocaïne. "On ne peut pas rectifier ce qu'on n'a jamais écrit", avait affirmé la rédaction du quotidien en avril 2001. Selon le journal, aucun article n'a fait état d'une éventuelle implication du fils du Président dans un trafic de drogue. En revanche, Marcelo Mosse avait signé un article abordant cette question dans l'hebdomadaire portugais Expresso, dont il est également le correspondant au Mozambique. Un hebdomadaire sud-africain en avait également parlé. Le fils du chef de l'Etat réclame 1,8 milliard de meticais (environ 89 000 euros) de dommages et intérêts. Depuis l'assassinat de Carlos Cardoso, ce sont ses deux enfants, âgés de six et douze ans, qui sont les propriétaires et donc les responsables légaux de la publication. Fin décembre 2001, Metical a officiellement fermé, en raison de graves problèmes financiers. Carlos Cardoso, directeur de Metical, a été assassiné, dans la soirée du 22 novembre 2000, sur l'avenue Martires de Machava à Maputo. Il était en voiture avec son chauffeur quand deux hommes leur ont bloqué la route et ont ouvert le feu. Carlos Cardoso, touché à plusieurs reprises à la tête, est mort instantanément. Son chauffeur a été grièvement blessé. Le journaliste venait de quitter le siège du journal et rentrait à son domicile. En mai 2001, six personnes ont été formellement inculpées par la justice mozambicaine. Ayob Abdul Satar et Vicente Ramaya, deux hommes d'affaires importants, ont été accusés d'être les "auteurs moraux" de cet assassinat et les commanditaires. Le 10 septembre, le juge d'instruction en charge du dossier a affirmé disposer de suffisamment d'éléments pour qu'un procès ait lieu. Les six inculpés resteront en détention jusqu'à ce procès dont la date n'a pas encore été fixée.