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26 juin 2017 - Mis à jour le 26 juillet 2017

Le dissident chinois Liu Xiaobo sorti de prison pour être hospitalisé

Photo AFP - Sam Yeh
Lauréat 2004 du prix RSF et prix Nobel de la paix 2010, le militant de la liberté d’expression Liu Xiaobo a été transféré à l'hôpital en raison d'un cancer en phase terminale. Reporters sans frontières (RSF) regrette qu’il ait fallu un tel diagnostic pour que le pouvoir de Pékin lui permette de sortir de prison, et appelle à sa libération inconditionnelle ainsi que celle de son épouse épouse Liu Xia.

Après huit ans de détention, la sortie de prison du prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo, 61 ans, aurait pu être une bonne nouvelle. C’est malheureusement le diagnostic d’un cancer du foie en phase terminale qui a poussé les autorités chinoises à le transférer à l'hôpital. Selon son avocat, Liu Xiaobo est actuellement traité dans un hôpital de la ville de Shenyang dans le Liaoning (nord-est de la Chine), à proximité de l’endroit où il était détenu. Alors qu'il est "libéré sur parole pour raisons médicales", selon les autorités, Liu Xiaobo ne semble toujours pas autorisé à voir ses proches ni à se rendre à Pékin pour se faire soigner.


“Il est regrettable qu’il ait fallu attendre un diagnostic aussi grave pour que Liu Xiaobo puisse sortir de prison, et sa situation reste tragique, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Aujourd’hui tout doit être fait pour que Liu Xiaobo, qui incarne la résistance à l’oppression et symbolise le combat de la lutte pour la liberté d’expression en Chine, puisse être correctement soigné et puisse partir à l’étranger si tel est son souhait. ”


Figure emblématique des manifestations de Tian’anmen, durant lesquelles il fit une grève de la faim, l’écrivain et militant des droits de l’homme, ancien professeur à Columbia University (USA) et à l’Université normal de Pékin, purgeait une peine de 11 ans de prison pour “incitation à la subversion d’Etat.”


Son épouse toujours assignée à résidence


“L’épouse de Liu Xiaobo, Liu Xia, reste toujours assignée à résidence depuis octobre 2010, et souffre de dépression suite à l’isolation et la pression infligées par les autorités, et ce alors qu’elle ne fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire, rappelle pour sa part Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de RSF, basé à Taipei, ajoutant que "RSF appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de Liu XIaobo, de Liu Xia et de tous les autres prisonniers d’opinion, journalistes et blogueurs".


Liu Xiaobo avait été arrêté le 23 juin 2009, et condamné le 25 décembre de la même année, pour avoir publié sur Internet une pétition appelée “Charte 08”, dans lequel il réclamait l’abolition de la règle du parti unique et le respect des droits de l’homme en Chine. Liu Xiaobo avait déjà effectué par le passé plus d’un an et demi de détention préventive et trois années de travaux forcés pour avoir prêché des réformes démocratiques non-violentes.


Liu Xiaobo a été le premier chinois à recevoir le Prix Nobel de la Paix en 2010, mais il n’a jamais pu se rendre à Stockholm pour le recevoir. Le prix lui a symboliquement été remis devant une chaise vide, malgré les menaces de représailles proférées par les autorités chinoises. Liu Xiaobo est le seul prix Nobel de la paix détenu dans le monde.


L’organisation Reporters sans frontières (RSF) s’est à de nombreuses reprises mobilisée pour réclamer la libération du lauréat du prix RSF 2004 et a régulièrement tenté d'alerter la communauté internationale sur le sort du cyberdissident.


“Les souffrances physiques et mentales infligées à Liu Xiaobo dans le système pénitentiaire chinois sont la cause fondamentale de la détérioration de sa santé, ont dénoncé Wu’er Kaixi et Wang Dan, deux défenseurs des droits de l’homme et anciennes figures de Tian’anmen, ajoutant que "le gouvernement chinois l'a délibérément condamné à mort en lui faisant passer neuf ans en prison pour avoir simplement exprimé ses opinions."


La Chine reste l’une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes et occupe le bas du classement RSF de la liberté de la presse (176e sur 180 pays).