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31 janvier 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le directeur d'un quotidien entendu pour une caricature de l'armée


RSF s'inquiète de l'audition par la police judicaire du directeur du quotidien Le Matin en raison d'une caricature de militaires de haut rang.
Dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, Reporters sans frontières (RSF) s'est inquiétée de l'audition par la police judiciaire de Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin, pour un dessin caricaturant des militaires de haut rang. "C'est la troisième fois en moins d'une semaine qu'un journaliste est entendu par la police. Nous craignons que ce ne soit le début d'une longue série de procès et ce, à quelques mois des élections législatives", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. Selon les informations recueillies par RSF, le directeur du quotidien Le Matin, Mohamed Benchicou, a été entendu le 30 janvier au matin par la police judiciaire à Alger pour avoir publié une caricature de militaires haut gradés. Cette convocation fait suite à une plainte en diffamation du ministère de la Défense pour un dessin du caricaturiste Le Hic, publié dans le numéro du 4 - 5 janvier 2002. "Le Matin considère que cette interpellation, qui s'ajoute à celle du caricaturiste Dilem et de la journaliste Salima Tlemçani, s'inscrit dans une inquiétante campagne d'intimidation dont l'objectif n'est rien d'autre que la domestication de la presse libre en Algérie", avait affirmé la direction, le 29 janvier, quand elle avait reçu la convocation. Le 28 janvier déjà, la journaliste Salima Tlemçani, du quotidien francophone El Watan, avait été entendue par la police judiciaire, sur plainte pour "diffamation" du ministère de la Défense. Cette audition était intervenue après la parution d'un article, le 11 décembre 2001, sur des nominations au Département du renseignement et de la sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire). "Cela renforce mon idée que quelque part, avec mes enquêtes, j'ai touché des intérêts beaucoup plus lourds que les personnages que j'ai cités dans l'article du 11 décembre", avait déclaré la journaliste à l'AFP. Le 25 janvier, le caricaturiste Ali Dilem avait été entendu par la police judiciaire pour un dessin brocardant les militaires, publié dans le quotidien francophone Liberté. Cette audition était intervenue après que le ministère de la Défense avait porté plainte auprès du procureur de la République du tribunal d'Alger pour ce dessin, publié le 29 novembre 2001, jugé "diffamatoire et attentatoire à la considération de hauts responsables de la hiérarchie militaire". Selon Me Khaled Bourayou, l'avocat de Ali Dilem, "le motif est évidemment d'intimider Dilem, de le soumettre à un harcèlement". "Je suis convaincu que je suis sur le bon chemin parce que je dis ce que 30 millions d'Algériens pensent. S'ils veulent m'arrêter, ils devront emprisonner 30 millions de personnes", avait déclaré Ali Dilem à l'agence de presse Reuters. En mai 2001, le parlement algérien avait modifié le code pénal et durci les peines et amendes pour diffamation par voie de presse. Reporters sans frontières, qui avait alors condamné ces amendements, avait estimé que ce texte ne pouvait qu'augmenter l'autocensure au sein des rédactions algériennes. Quelques mois auparavant, Mohammed Lamari, le chef d'état-major des armées, avait déclaré : "Vous avez vu et vous aurez encore à constater à travers des écrits éhontés, des caricatures et autres, des outrances et des insanités à l'égard de votre armée. L'obligation de réserve qui est la nôtre jusqu'ici ne peut nous empêcher de regretter l'usage méprisable qui est fait des libertés chèrement acquises par notre peuple."