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16 octobre 2007 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le directeur de L'Exclusif inculpé et écroué à la maison d'arrêt dans l'attente de son procès pour "offense au chef de l'État"


Reporters sans frontières est stupéfaite par le placement sous les verrous de Moussa Guèye, directeur de publication du quotidien privé L'Exclusif, inculpé le 15 octobre 2007 d'"offense au chef de l'Etat" et "diffusion de fausses nouvelles" pour avoir évoqué, dans son journal, des "escapades nocturnes" du président Abdoulaye Wade. "Le président sénégalais compte désormais un prisonnier personnel, accusé d'avoir porté atteinte à la prétendue sacralité de sa personne. Emprisonné en vertu d'une loi archaïque et grâce à des procédés iniques, ce journaliste doit être libéré. Le chef de l'Etat devrait comprendre, une fois pour toutes, que ce type d'épisodes désolants n'apporte pas de réponse juste à un conflit opposant la presse et les autorités", a déclaré l'organisation. Déféré au parquet une semaine après son arrestation, Moussa Guèye a été entendu par un juge d'instruction et inculpé, conformément aux réquisitions du procureur, en vertu des articles 80, 254, 255 et 270 du code pénal, relatifs à la "diffusion de fausses nouvelles", l'"offense au chef de l'Etat" et le "trouble à l'ordre public". Il est poursuivi pour la publication, dans L'Exclusif du 8 octobre, d'un article intitulé "Les escapades nocturnes du président Wade". Un mandat de dépôt a été émis. Moussa Guèye a été écroué à la maison d'arrêt de Rebeuss, dans l'attente de son procès. ------------ 11.10 - Le directeur d'un journal tombe dans un guet-apens tendu par la brigade criminelle Reporters sans frontières dénonce le guet-apens tendu à Moussa Guèye, directeur de publication du quotidien privé L'Exclusif, le 8 octobre 2007, par des agents de la Division des investigations criminelles (DIC). Le journaliste a été frappé, arrêté et conduit vers une destination inconnue après la publication d'un article relatant "une sortie nocturne du président de la République". "Ces méthodes archaïques ne font pas honneur au Sénégal, dont le gouvernement rappelle régulièrement son attachement à la liberté de la presse en dépit d'incidents répétés. Même si la loi sénégalaise sur la presse est liberticide, des procédures judiciaires ordinaires existent qui auraient permis de traiter cette affaire avec équité. Au lieu de cela, la police a littéralement kidnappé, frappé et enfermé un journaliste au secret et se retrouve aujourd'hui avec un détenu politique, coupable d'avoir commis un crime de lèse-majesté", a déclaré l'organisation. Dans la soirée du 8 octobre, peu avant 21 heures, un inconnu a appelé Moussa Guèye en prétendant vouloir acheter de la publicité dans l'édition du lendemain de L'Exclusif. Le journaliste a donné rendez-vous à son interlocuteur au siège de son journal, situé à Rufisque, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Dakar. Sur la route, il a été arrêté par cinq agents de la DIC affirmant être à la recherche du journaliste Justin Ndoye. Giflé parce qu'il refusait de fournir des informations sur ses collaborateurs, Moussa Guèye a été menotté et conduit de force dans un véhicule, dans lequel les policiers lui ont demandé d'indiquer où ils pouvaient trouver ses journalistes. Face à l'obstination du journaliste, les policiers sont revenus à la rédaction de L'Exclusif, ont crevé les pneus des véhicules présents sur les lieux et emporté les ordinateurs du journal. Selon un membre du personnel de L'Exclusif, qui se cache, Moussa Guèye aurait été conduit dans les locaux de la DIC. Le quotidien avait publié dans son édition du jour un article, signé par Justin Ndoye, évoquant des "sorties nocturnes" du président de la République en compagnie de son directeur de cabinet, fondé sur "des sources proches du palais" présidentiel. Le personnel du journal pense que l'arrestation de Moussa Guèye pourrait être liée à cet article. Le lendemain, alors que la détention du journaliste n'était pas encore connue, le président Abdoulaye Wade s'est publiquement défendu de vouloir "contrôler la presse", en exhortant les journalistes à faire la part des choses entre "le président, le citoyen Wade et le Sénégal". "Vous pensez bien que j'ai les moyens de contrôler la presse sans qu'on n'aie rien à redire, mais je ne le ferai pas, je n'ai pas envie de le faire. (...) Je ne veux pas d'une presse à la solde. J'ai de l'argent pour ça, je pourrais le faire mais je ne vais pas le faire", a-t-il affirmé.