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30 novembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le débat sur la censure d'Internet censuré


Censurer un article sur la censure peut apparaître banal en Chine. L'affaire du Diyi Caijing Zhoukan (第一财经周刊- cbnweek.com) montre, une nouvelle fois, comment les organes de la propagande tentent de tuer dans l'œuf le débat sur la censure d'Internet mise en place par le Parti communiste chinois. Ce nouvel incident est à mettre en relation avec les révélations de Wikileaks qui confirment l'implication des plus hautes sphères de l'Etat chinois dans l'espionnage informatique. Tout cela nuit gravement à l'image internationale de la Chine.

Le 24 novembre 2010, les autorités ont interdit toute reproduction ou mise en ligne d'un article de l'hebdomadaire shanghaien Diyi Caijing Zhoukan, décrivant les coulisses du Bureau des administrateurs de l'Internet de Pékin (北京市的网管办), l'une des institutions en charge de la censure du Web. Le reportage a été rapidement retiré du site cbnweek.com.

Les sites d'informations chinois ont reçu la consigne suivante : "A partir du 24 novembre 2010 à minuit, il est strictement interdit de reposter le contenu du site Diyi Caijing Zhoukan. Il est également interdit de publier un quelconque lien vers ce site." Cette décision administrative n'est pas limitée dans le temps.

L’article décrit en détails comment le Bureau des administrateurs de l'Internet à Pékin, subordonné au gouvernement, contrôle l’information et ferme des sites Internet pour endiguer le débat sur les sujets sociaux et politiques. L’article est encore accessible sur : http://www.govecn.org/2010/11/blog-post_9205.html. L'auteur y dénonce la situation très précaire des sites d’informations chinois, victimes de règles strictes émises par les autorités.

Le journaliste qui a mené l'enquête mentionne, par exemple, le site "Wanju Wang" (玩聚网), inspiré du site d’informations digg.com qui permet de trouver très rapidement les informations les plus récentes, qui a été contraint de cesser ses activités suite à plusieurs fermetures arbitraires. Il cite également "Shiguang Wang" (时光网), site de critiques cinématographiques qui a dû effacer une grande partie de ses archives.

Par ailleurs, Reporters sans frontières espère que les autorités de Pékin s'expliqueront publiquement sur le contenu de certains documents secrets révélés grâce à Wikileaks, à propos du piratage informatique de Google. Si la "source chinoise" citée par la diplomatie américaine sur l'implication du gouvernement chinois dans ces actes d'espionnage est confirmée, il s'agit d'un précédent très préoccupant sur les pratiques d'espionnage des journalistes et des militants des droits de l'homme travaillant sur la Chine.

Le câble diplomatique révélé par Wikileaks, et cité par le New York Times, précise : "Le piratage de Google s'inscrivait dans le cadre d'une campagne de sabotage informatique organisée par des fonctionnaires, des experts privés des questions de sécurité et des pirates de l'Internet recrutés par le gouvernement chinois."

Plus d'informations : http://fr.rsf.org/chine-les-comptes-gmail-de-plusieurs-18-01-2010,36128....

Assignations à résidence, interpellation et libérations

La militante des droits de l'homme Liu Di (刘荻), connue sous le pseudonyme de la "souris inoxydable" (不锈钢老鼠), a comparu en justice le 24 novembre 2010. Elle est assignée à résidence depuis le 8 octobre à Pékin, dans l'ignorance de la suite que prendra la procédure. La jeune femme affirme que cette convocation est liée à sa participation à la traduction d’un livre sur la citoyenneté "La non-violence, une force encore plus puissante" (《非暴力,一种更为强大的力量》). Auto-édité par Liu Diu et ses collègues, cet ouvrage n’est pourtant pas accessible au public. Les autorités ont ordonné la suppression de certains passages traitant de la Chine.

Liu Di, ainsi qu’une centaine d'autres personnes, sont assignées à résidence ou sous stricte surveillance policière depuis le 8 octobre, date de l'annonce de l'attribution du prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo (刘哓波). "Je vois, que cette fois-ci, le gouvernement est très déterminé", explique la jeune femme.

Pour plus d’information sur Liu Di :

http://fr.rsf.org/chine-la-jeune-internaute-liu-di-detenue-07-03-2003,05...

http://fr.rsf.org/chine-la-justice-abandonne-les-26-12-2003,08414.html

A Shanghai, cette fois, la police d'Internet intervient de façon active sur les sujets potentiellement gênants pour les autorités. Ainsi, l'écrivain Xia Shang a été interpellé pendant quelques heures par la police pour avoir lancé sur son microblog l'idée d'acheter des fleurs pour les 58 victimes d'un incendie qui a récemment ravagé un immeuble de Shanghai. Le post est resté quelques heures en ligne.

Enfin, Reporters sans frontières prend acte de la libération du dissident Qin Yongmin (秦永敏), au terme de sa peine de douze ans de prison, mais demande aux autorités de cesser toute forme de surveillance. Membre du Parti démocrate de Chine (interdit) et responsable de plusieurs publications dissidentes, il a été reconduit le 29 novembre à son domicile de Wuhan par la police qui lui a interdit de communiquer avec la presse. Interrogé par Associated Press, Qin Yongmin a affirmé que les policiers lui avaient confisqué tous ses écrits de prison.

L’écrivain Guo Xianliang (郭贤良) qui avait été arrêté à Canton pour avoir distribué des tracs en faveur de Liu Xiaobo a, quant à lui, été libéré le 26 novembre. Selon ses amis et sa famille, il a pu rentrer, sain et sauf, à Kunming.

Plus d’informations : http://fr.rsf.org/birmanie-liu-xiaobo-ou-le-dernier-prix-18-11-2010,3883...