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3 juin 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le corps inanimé d’un journaliste porté disparu depuis mars retrouvé


Le corps sans vie de Noel López Olguín, collaborateur des hebdomadaires locaux Horizonte et Noticias de Acayucan, et du quotidien La Verdad, a été retrouvé le 1er juin 2011 près de Jáltipan, dans l’État de Veracruz (Est). Le journaliste avait disparu le 8 mars dernier. Quatre jours auparavant, Alejandro Castro Chirinos alias “El Dragón”, capturé à Coatzacoalcos dans l’Etat de Veracruz, avait avoué avoir participé à l’assassinat du journaliste. Il était en possession de la caméra de la victime au moment de sa capture. Selon les autorités, Castro Chirinos aurait donné des indications permettant de localiser la fosse où le corps gisait. Rien n’indique encore le mobile de la mort de Noel López Olguín mais le motif professionnel paraît hautement probable. Activiste social, intéressé par les problèmes communautaires de la corruption et la sécurité, avait lancé des appels pour dénoncer les abus des membres du crime organisé et des autorités. État côtier du Golfe du Mexique, Veracruz représente un point de transit privilégié du trafic de drogues en direction des États-Unis. Le redoutable groupe paramilitaire Los Zetas sévit particulièrement dans la région de Jáltipan, limitrophe de l’État de Oaxaca, où habitait et travaillait Noel López Olguín. Reporters sans frontières espère que les enquêteurs détermineront au plus vite le mobile de ce crime et demande aux autorités fédérales d’appliquer les mécanismes de protection à l’attention des journalistes, ratifiés sous l’égide du ministère fédéral de l’Intérieur le 3 novembre 2010. L’organisation a à nouveau inclus, le 3 mai dernier, les Cartels de Sinaloa, du Golfe et de Juárez dans la liste des “prédateurs de la liberté de la presse” et a dénoncé le drame de la presse face au crime organisé. Le Mexique figure parmi les pays les plus dangereux du continent pour les médias. Le pays compte 73 journalistes assassinés depuis 2000, dont huit originaires de Veracruz entre 2002 et 2009, et 12 autres disparus. La presse demeure une cible privilégiée : les violences accrues se doublent d’une guerre de l’image usant de pressions sur les médias et des attaques physiques contre les journalistes. Le 30 mai 2011, des inconnus ont lancé une grenade contre le bâtiment du journal Vanguardia à Saltillo, dans l’Etat de Coahuila (Nord). Aucun blessé n’est à déplorer mais les locaux et deux voitures ont été fortement endommagés. Les journal aurait subi de pressions et menaces de la part de bandes criminelles pour que rien ne soit publié sur leurs activités. Le même jour, trois journalistes ont été agressés et arbitrairement détenus. Pablo Hernández et Ismael Villagómez du quotidien El Norte à Cuidad Juárez, dans l’Etat du Chihuahua (Nord), ont été arrêtés par des agents de police alors qu’ils suivaient une opération de confiscation de produits pirates. Les journalistes ont été agressés et détenus pendant une demi-heure au commissariat sans explication. Ils ont porté plainte devant la Direction des affaires internes de la police municipale. Luis Lorenzo Escalera, correspondant de la chaîne Canal 26 - Univisión a été détenu le même jour pendant 45 minutes. Au cours de la même semaine, le 23 mai, les bureaux de l’organisation Communication et information de la femme (CIMAC), la maison d’édition de l’agence Cimac Noticias, spécialiste des questions des femmes, ont été saccagés pour la deuxième fois depuis 2008. Des inconnus ont forcé les portes du bureau, volé une quantité importante de matériel et coupé les liaisons internet. Faute de résultats concernant l’enquête du vol de 2008, les membres de l’organisation ont déposé plainte devant la Commission des droits de l'homme du District fédéral (CDHDF). Face à la dernière attaque, la CDHDF a sollicité des mesures de protection mais aucune n’a encore été mise en place. La condamnation du directeur de Radio Tierra y Libertad à Monterrey, dans l'État du Nuevo León (Nord), Héctor Camero, a été confirmée le 25 mai dernier. Il a été condamné à une peine de deux ans de prison, une amende de 15.777 pesos (environ 1.360 dollars) et l’annulation de ses droits civils et politiques pour délit “d’utilisation, développement et exploitation du spectre radioélectrique sans autorisation” alors qu’une licence de diffusion avait été légalement accordée à Radio Tierra y Libertad, en 2009 après sept ans d’attente. Les poursuites contre Héctor Camero ont commencé en 2008 après une opération de fermeture de la station. Bien qu’il ait obtenu le bénéfice de la peine de substitution, cette condamnation vient porter un nouveau coup dur aux radios communautaires mexicaines. Reporters sans frontières condamne ces violences et intimidations à l’encontre des médias et demande aux autorités de tout mettre en œuvre pour que de tels actes ne restent pas impunis. L’offensive fédérale contre le narcotrafic, engagée en décembre 2006, se solde aujourd’hui par un bilan de plus de 40 000 morts dans tout le pays, Reporters sans frontières continue de relayer la campagne des dessinateurs de presse "¡Basta de Sangre !" - “No + sangre”. Chaque prise de position sur la situation au Mexique donnera lieu tout au long de l’année à la publication d’un nouveau dessin.