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17 novembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le blogueur Kareem Amer finalement relâché


Reporters sans frontières se félicite vivement de la libération, le 15 novembre 2010 au soir, du blogueur Kareem Amer, emprisonné depuis plus de quatre ans en Egypte. Bien qu’il eût terminé de purger sa peine le 5 novembre dernier, il n’avait pas été libéré. Au cours de cette détention illégale, il a été victime de mauvais traitements au siège des services de la sécurité intérieure à Alexandrie. (v. article précédent) Ayant retrouvé ses proches, il souhaite pour l’instant garder le silence. « Nous sommes profondément soulagés et heureux de savoir que Kareem a enfin recouvré la liberté et que son cauchemar prend fin. Rien ne pourra effacer ces quatre années de souffrance consécutive à cette condamnation totalement injustifiée. Au moins le blogueur ne sera-t-il plus le bouc émissaire des autorités, agacées par les vues critiques des blogueurs. Nous restons cependant vigilants quant à leur attitude envers Kareem Amer dans les prochains mois », a déclaré Reporters sans frontières. « Nous souhaitons remercier tous ceux qui se sont battus pour obtenir sa libération – des blogueurs égyptiens, notamment autour de la Free Kareem Coalition, des internautes du monde entier, des organisations de droits de l’homme, des personnalités politiques, etc. Son avocat, Rawda Ahmed, et Gamal Eid, le directeur du Arabic Network for Human Rights Information, méritent notre reconnaissance pour leur engagement inlassable aux côtés de Kareem, malgré les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles ils ont dû assurer sa défense », a ajouté l’organisation. Gamal Eid, joint par téléphone par Reporters sans frontières le 17 novembre, s’est réjoui de cette libération, tout en rappelant que « Kareem Amer n’aurait jamais dû passer quatre ans en prison pour avoir exercé son droit à la libre parole ». Kareem Amer avait été condamné, le 22 février 2007, à trois ans de prison pour "incitation à la haine de l’islam" et un an pour "insulte au président égyptien" sur son blog (www.karam903.blogspot.com). Il y dénonçait les dérives religieuses et autoritaires du gouvernement, ce qui lui avait valu une première interpellation dès 2005. Il écrivait également régulièrement sur les discriminations envers les femmes et critiquait l’université sunnite Al-Azhar où il avait étudié le droit. Le blogueur a été soumis à des conditions de détention déplorables. Il avait évoqué dans ses lettres son "enfermement en cellule d’isolement pendant dix jours" et des "tortures physiques, passées sous silence par le médecin de la prison qui a modifié (son) dossier médical". Sa demande d’obtention d’un nouveau jugement avait été rejetée en 2009, tout comme la libération anticipée à laquelle il avait droit après avoir effectué les trois quarts de sa peine. Dans le monde entier, de nombreux mouvements de mobilisation, organisés notamment par la Free Kareem Coalition, ont vu le jour ces dernières années pour réclamer la libération du blogueur. Reporters sans frontières lui avait décerné son prix “Cyberlibertés“ en décembre 2007. La même année, l’organisation s’était mobilisée à Paris devant l’ambassade d’Egypte et avait manifesté devant le stand du pays à l’occasion du Salon mondial du tourisme. En 2009, Reporters sans frontières avait également mené une action de soutien et de sensibilisation du public et des médias devant la pyramide du Louvres. Nous invitons les autorités égyptiennes à marquer un nouveau départ dans leurs relations avec la communauté des net-citoyens égyptiens, et à considérer la liberté d’expression, notamment sur Internet, non comme une menace mais comme bénéfique pour la société égyptienne. Elles pourraient commencer par mettre un terme au harcèlement continuel dont sont victimes les blogueurs, que ce soit sous la forme d’interpellations ou de poursuites judiciaires abusives. Par ailleurs, justice doit être faite dans le cas de Mohammed Khaled Saïd frappé à mort devant un cybercafé le 6 juin dernier par des policiers. Il avait posté en ligne une vidéo montrant l’implication de la police dans un trafic de drogue.