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11 mars 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le Bahreïn continue de réprimer la liberté de la presse


Dans le royaume du Bahreïn, les journalistes, photographes et autres acteurs de l'information rencontrent toujours de grandes difficultés à exercer leur métier librement. Les autorités arrêtent, harcèlent et torturent les journalistes et net-citoyens quand elles ne les poursuivent pas pour des motifs « fourre-tout » et injustifiés. Depuis 2011, les photographes et cameramen constituent une des cibles privilégiées des autorités du Bahreïn. Ces dernières utilisent l'argument fallacieux du rassemblement illégal et atteinte au régime pour empêcher les journalistes et blogueurs de travailler. Le 23 février 2015, le cameraman Mohammed Al Najar a été arrêté par plus de sept hommes de la police anti-émeute alors qu'il couvrait une manifestation à Daih, dans l'ouest de la capitale Manama. Ils lui ont confisqué sa veste et ses lunettes et l'ont battu et insulté avant de le relâcher quelques heures plus tard. Le samedi 22 février, un cameraman travaillant pour la société AlWefaq a été libéré après avoir passé une semaine en prison suite à son arrestation à Bilad Alqadeem, dans la banlieue de Manama, où il filmait une manifestation. Le 30 janvier 2015 , les photographes de Reuters et de l'AFP, Hamad Mohammed et Mohammed Al Shaikh ont été directement visés par la police qui leur a lancé des gaz lacrymogènes alors qu'ils couvraient les manifestations à Bilad Al Qadeem et étaient clairement identifiés par leur gilet de presse. Le photographe de l'European Press photo agency (EPA) Mazen Mahdi a été visé à plusieurs reprises alors qu'il couvrait des affrontements les 1er, 2 et 4 janvier 2015. Il a été touché par des tirs de gaz lacrymogène, et des tirs de plomb alors qu'il couvrait des manifestations à Bild Al Qadeem et ce alors qu'il arborait clairement un gilet de presse. Le photographe Hamad Mohammed et le caméraman Aamer Mohammed de Reuters ont également été blessés dans les mêmes circonstances le 5 janvier. Dans l’attente de leur procès Les photographes Mustapha Rabea, Ahmed Zain Aldeen et Houssam Sroor ont été arrêtés en septembre dernier et accusés d'avoir attaqué des policiers et participé à un rassemblement illégal. Les audiences de leur procès sont prévues pour les 23 et 24 mars. Le jeune photographe et cameraman de 17 ans, Hussam Suroor, a été arrêté le 4 septembre 2014 et condamné à 10 ans de réclusion le 30 du même mois, pour avoir supposément attaqué un officiel, participé à une manifestation et être en possession de produits inflammables. Il purge actuellement sa peine dans la prison de Jaw. Il est par ailleurs toujours poursuivi pour de nombreux autres chefs d'accusation y compris pour avoir attaqué la police et participé à un rassemblement illégal. Sa prochaine audience est prévue les 23 et 24 mars. Pendant ce temps, le célèbre photographe Ahmed Al Mousawi est toujours derrière les barreaux depuis le 10 février 2014, alors que son procès pour avoir fourni des cartes SIM à des manifestants est toujours en cours. Quant au photographe, Ammar Abdul Rasool, lauréat de 81 prix internationaux, il attend toujours le verdict de son appel après avoir été condamné le 28 octobre 2014 à deux ans de prison. La prochaine audience est prévue pour le 1er avril. Il avait été arrêté le 25 juillet 2014 après que des officiers de sécurité en civil ont perquisitionné sa maison dans le village d'Eker, au sud de Manama, confisquant ses deux appareils photos et son téléphone portable. Il a été accusé de participer à une réunion illégale, alors qu'il participait à une cérémonie religieuse. Le photographe de renommée internationale, Ahmed Al Fardan, a été arrêté en décembre 2013 et condamné à trois mois de prison pour avoir participé à une manifestation. Il a été relâché deux semaines plus tard, après avoir payé une caution de 100 BD (245 euros) et attend son audience en appel prévue pour le 13 décembre 2015. Fardan, qui travaillait pour les agences de photo Nurphoto, Demotex et Sipa avait été arrêté à son domicile à Abu Saiba dans l'ouest de Manama, à trois heures du matin le 26 décembre. Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières il avait été battu lors de son arrestation. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces arrestations et persécutions systématiques de photographes, cameramen et défenseurs des droits de l’homme et s'inquiète de la détérioration accrue du climat de la liberté de l'information au Bahreïn. "Nous appelons les autorités judiciaires à libérer Ammar et tous les autres acteurs de l'information qui ont été arrêtés arbitrairement, déclare Virginie Dangles adjointe à la directrice des programmes de Reporters sans frontières. Nous exhortons les autorités du Bahreïn à cesser leurs intimidations directes et indirectes contre quiconque transmets des informations différentes de la ligne officielle du régime ". Chasse aux tweets Les autorités continuent également leur répression en ligne contre tous contenus critiques du régime. Le défenseur des droits de l’homme, Nabeel Rajab, est toujours passible d'emprisonnement alors qu'il attend la sentence en appel, prévue le 15 mars, de son procès durant lequel il a été condamné à six mois de prison pour incitation à la haine contre le régime après avoir supposément insulté les forces de l'ordre dans des tweets. Rajab, qui dirige le Centre pour les droits de l'Homme au Bahreïn avait déjà été détenu deux ans, jusqu'en mai 2014, accusé d'avoir pris part et incité à des rassemblements illégaux. Il avait été acquitté des accusations concernant des tweets diffamatoires en 2012. L'activiste en ligne Yaqoub Slais, détenu une journée le 31 août 2014 pour un tweet dans lequel il critiquait le fait que les soldats soient forcés de voter pour un candidat précis aux élections parlementaires à venir, a été condamné à une amende de 200 BD (500euros) le 20 février 2015. Le 27 janvier 2015, le ministre de l'Intérieur a arrêté neuf Bahreïnis et les a accusés d'utiliser les réseaux sociaux pour se moquer de la mort du roi Abdullah d'Arabie saoudite. Leur audience est prévue le 16 mars. Le blogueur Nader Abdul Emam a été libéré le 15 janvier après quatre mois d'emprisonnement et une réduction en appel de sa condamnation initiale à six mois de prison. Il avait été condamné pour avoir insulté un chef religieux sur Twitter. Arrestations arbitraires et tortures Les photographes sont régulièrement visés par les arrestations, la torture et les harcèlements. Le photographe Sayed Baqer Al Kamel, qui a reçu 44 prix internationaux a été arrêté et détenu pendant deux jours alors qu'il était sur l'autoroute King Fahad, en route pour l'Arabie saoudite le 9 décembre 2014. En mars 2014 il avait déjà été détenu deux jours également. Le photographe Mohammed Al Oraibi a été convoqué au CID le 29 octobre 2014 où il a été sommé de collaborer avec le service sous peine de quoi il serait arrêté et torturé. Al Oraibi avait été arrêté en février 2014 et avait déposé une plainte contre les officiers de police qu'il accuse de l'avoir torturé au CID. Il n' a pas encore reçu justice à ce jour. « Reporters sans frontières demande au gouvernement du Bahreïn de mener des enquêtes sérieuses et de respecter les règles d'un procès équitable dans l'affaire des tortures auxquelles a été soumise la journaliste Nazeeha Saeed en mai 2011. En octobre, l'unité spéciale du ministère de l'Intérieur a rouvert le dossier et a questionné Saeed à nouveau. En novembre, les interrogateurs ont été identifiés». Dix chefs d'accusation sont toujours retenus contre la blogueuse, écrivaine et activiste des droits des femmes, Ghada Jamsheer, alors même qu'elle avait été libérée le 15 décembre 2014 après trois mois de détention suite à un procès en diffamation pour avoir twitté sur des cas supposés de corruption à l'Hôpital universitaire King Hamad. Jamsheer avait déjà été convoquée aux quartiers généraux du Département d'enquêtes criminelles, le CID (Criminal Investigation Department), pour questions le 9 septembre. Selon le Centre pour les droits de l'Homme du Golfe (Gulf Centre for Human Rights), elle est interdite d'apparaître dans les médias bahreinis et son site internet est bloqué depuis 2009. Elle doit encore comparaitre en procès pour les charges restantes contre elle. Le cameraman Qassim Zainaldeen a perdu son appel le 25 février et est actuellement emprisonné pour trois ans dans le prison de Jaw. Il a été condamné pour vandalisme dans la prison de Dry Dock lors de son emprisonnement en août 2013. Le photographe d'information, Hussain Hubail qui a été condamné en avril à une peine de cinq ans de prison rencontre toujours des difficultés à suivre son traitement médical pour l'hypertension. L'administration de la prison de Jaw refuse de le transférer à l'hôpital lorsqu'il a rendez-vous. Il a déjà raté deux rendez-vous et n'a plus de médicaments. Il doit voir un médecin. Censure de médias et révocations de nationalité Les autorités bahreinis ont suspendu le 2 février la chaîne d'information Al Arab qui diffuse depuis le Bahreïn, quelques heures seulement après qu'elle a reçu une figure de l'opposition sur le plateau de son journal télévisé. L'Autorité de l'Information a déclaré le 9 février que la chaîne avait "manqué d'obtenir la licence nécessaire pour commencer à diffuser ses programmes au Bahreïn". Les journalistes Reem Khalifa d'Associated Press, Fareshta Saeed de Reuters et Nazeeha Saeed ont été empêchées d'assister au procès du chef du parti d'opposition Alwefaq les 28 janvier et 25 février 2015. Le même jour, la photographe Isa Ibrahim du journal Alwasat a été contraint de quitter les lieux et empêché de prendre des photos. Le gouvernement du Bahreïn a révoqué la nationalité du journaliste bahreïni Abbas Busafwan, de l'écrivain Ali Al Dairi et du blogueur Ali Abdul Emam ainsi que de 72 autres Bahreinis le 31 janvier, sans procès ou aucun chef d'accusation officiel. Les autorités bahreïnies sont coutumière de cette méthode qui vise à révoquer la nationalité, droit humain fondamental, afin de punir ou de se venger de ceux qui expriment une opinion différente ou font entendre leur voix. Reporters sans frontières appelles les autorités du Bahreïn à annuler ces décisions et à cesser de harceler les journalistes et les blogueurs qui critiquent le gouvernement et la famille royale. Le Bahreïn occupe la 163 e place sur 180 pays selon le Classement 2015 pour la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. (Photo: AFP)