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21 septembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’armée impliquée dans la mort du caméraman japonais, Hiroyuki Muramoto?


Le 17 septembre 2011, dans un revirement surprenant, le directeur général du Département des enquêtes spéciales (DSI), Tharit Pengdit, a déclaré à L’AFP que l’armée était responsable de la mort du caméraman japonais, Hiroyuki Muramoto. La veille, le vice Premier ministre thaïlandais, Chalerm Yubamrung, avait déchargé le DSI de l’enquête sur les meurtres de treize personnes survenus lors des manifestations des “chemises rouges” en avril et mai 2010, dont celle du journaliste, Hiroyuki Muramoto. Alléguant le manque efficacité de la DSI, l’enquête a été placée sous la responsabilité de la police de Bangkok. Le 24 mars 2011, les résultats de l’enquête du DSI avaient conclu que l’armée ne pouvait être impliquée puisque la balle mortelle provenait d’un modèle d’arme que l’armée n’avait pas utilisé le jour des affrontements avec les “chemises rouges”. En printemps 2010, deux journalistes ont été tués et cinq blessés alors qu’ils couvraient les manifestations des “chemises rouges” à Bangkok. (lire le rapport RSF) Hiroyuki Muramoto, caméraman japonais travaillant pour Reuters, et Fabio Polenghi, photographe de presse italien travaillant en freelance, ont été tués respectivement le 10 avril et le 19 mai 2010. ---------------- 14.04.2011 - Les autorités se déchargent de l’enquête sur la mort du cameraman de Reuters Reporters sans frontières condamne la proposition du Département des investigations spéciales de Bangkok (DSI) de "déléguer" à l’agence Reuters l’enquête sur la mort du cameraman japonais Hiroyuki Muramoto, employé par cette agence. “De cette façon, d’autres témoins pourraient donner à Reuters les tuyaux qu’ils n’osent pas donner aux agents de l’Etat”, a justifié Tharit Pengdit, directeur-général du DSI, le 11 avril 2011. “L’initiative du DSI montre le refus du gouvernement thaïlandais d’identifier les coupables de la mort de Hiroyuki Muramoto, tué lors des affrontements entre l’armée thaïlandaise et les chemises rouges, le 10 avril 2010. Nous rappelons qu’établir la vérité et la justice est le devoir d’un Etat de droit”, a ajouté l’organisation. Reporters sans frontières reconnaît l’importance d’une coopération entre l’agence anglaise et les autorités chargées de l’enquête, mais à aucun moment elle ne peut accepter que le DSI se décharge de l’affaire. Les responsables de Reuters ont rencontré Tharit Pengdit, le 11 avril 2011, mais n’ont fait aucune déclaration à l’issue de leur entretien. Un an après le tragique événement, l'enquête n’a toujours pas permis d’identifier l’auteur du crime. ------------ Une enquête confuse conduit à un résultat totalement insatisfaisant 25-03-2011 Reporters sans frontières juge totalement insatisfaisantes les conclusions récemment apportées par les enquêteurs thaïlandais sur la mort, survenue le 10 avril 2010, lors des affrontements entre les « chemises rouges » et l’armée, de Hiroyuki Muramoto, cameraman japonais pour Reuters. Un an après les faits, les conclusions qui exonèrent les forces armées cachent mal les réticences des autorités thaïlandaises de faire réellement la lumière sur la mort du journaliste et d’identifier les responsabilités. L’enquête a souffert de plusieurs revirements. Après l’avoir orienté vers une responsabilité militaire, le département des investigations spéciales (DSI) avait annoncé fin février écarter cette thèse. L’annonce de Tharit Pengdith, directeur général de la DSI, qui a déclaré jeudi 24 mars 2011, devoir conclure que « le gouvernement n’était pas responsable », « jusqu’à ce que de nouveaux éléments affirment le contraire », nous apparaît comme une conclusion par défaut. Devons-nous encore prêter foi à ses propos quand, rassurant, Tharit Pengdith affirme que « les enquêteurs accepteront de nouvelles preuves et continueront à chercher les personnes qui ont tué Muramoto » ? Reporters sans frontières dénonce un étouffement subtil et programmé de l’enquête sur la mort du journaliste japonais. Le ministère des Affaires étrangères avait pourtant assuré l'indépendance du Comité chargé de l'enquête sur les violences. "Peu importe les résultats, le gouvernement assumera sa responsabilité", avait déclaré Thani Thongphakdi, porte-parole du ministère, à Reporters sans frontières en juin 2010 (cf. rapport Thaïlande. Licence to Kill : http://fr.rsf.org/thailand-rapport-licence-to-kill-journalistes-bangkok-...) Les violences entres les opposants au gouvernement actuel et l’armée avaient commencé en mars 2010, avec l'occupation de Bangkok par les chemises rouges, partisans du Premier ministre Thaksin Shinawatra renversé par un coup d'Etat en septembre 2006. L’opposition politique cherchait à obtenir des élections et la démission du Président Abhisit Veijjajiva. Reporters sans frontières avait estimé dans son rapport d'enquête que le comportement de l'armée et celui des milices rouges avaient été en violation de la Déclaration de Medellin, adoptée par l'UNESCO sur la protection des journalistes en zone de conflit. Un deuxième journaliste, le photographe indépendant italien Fabio Polenghi a trouvé la mort, le 19 mai 2010, pendant les violences, qui ont fait un total de 90 morts. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été éclaircies.