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11 février 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La présidence de la CELAC engage le gouvernement à garantir les libertés fondamentales


A l’attention de M. Raúl Castro Ruz
Président du Conseil d’État de la République de Cuba
Président de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC) Monsieur le Président, Au terme du récent sommet de Santiago du Chili, vous avez été investi à la présidence pro tempore de la Communauté des États latino-américains et caribéens (CELAC). Vous vous êtes engagé, à ce titre, à agir “dans le respect total du droit international, de la charte des Nations unies et des principes fondamentaux qui régissent les relations entre les pays”. Vous avez également déclaré, au cours de votre allocution du 28 janvier 2013, votre intention de rejeter “l'ingérence, l’agression, les menaces, le recours à la force” et de favoriser “le dialogue”. Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté d’information, formule l’espoir que ces engagements se concrétiseront rapidement dans votre propre pays. La prétention légitime de Cuba à participer du processus d’intégration régionale, tout comme la volonté d’ouverture manifestée avec certaines réformes en cours, ne peuvent aller sans un effort attendu en matière de respect des libertés fondamentales. La réforme de la loi migratoire, entrée en vigueur le 14 janvier 2013, constitue un gage important. Elle met fin aux permis de sortie jusque là obligatoires pour les Cubains désireux de se rendre à l’étranger et garantit leur retour dans l’île sans condition. Elle doit s’appliquer sans distinction à tous les citoyens. Récipiendaire d’un passeport, la blogueuse Yoani Sánchez devra pouvoir retourner chez elle à l’issue du déplacement qu’elle compte effectuer sous peu sur le continent. La porte doit également s’ouvrir aux journalistes et dissidents forcés à l’exil qui voudraient regagner leur patrie, comme, à l’inverse, pour tous ceux qui souhaiteraient voyager. Le dialogue que vous appelez de vos vœux rend cette promesse impérative. Libérations en attente Ce dialogue ne saurait toutefois avoir lieu sans que soit mis un terme à la répression frappant des citoyens “coupables” d’informer de la situation de l’île hors du contrôle de l’État. D’ores et déjà ce contrôle doit être aboli, l’information plurielle reconnue, et des individus injustement emprisonnés, libérés. Votre volonté affichée de vous conformer au droit international et à la charte de l’Onu impose, dès lors, la ratification urgente des deux pactes des Nations unies relatifs aux droits civils et politiques signés par votre gouvernement en 2008. Sans plus attendre, plusieurs situations dramatiques peuvent être dénouées. Incarcéré depuis bientôt cinq mois, le correspondant d’Hablemos Press Calixto Ramón Martínez Arias risque une peine de trois ans de prison pour “outrage au chef de l’État”. Cette accusation ne vise en réalité qu’à punir ce journaliste indépendant pour avoir publié des informations – confirmées en leur temps par le gouvernement lui-même – concernant des épidémies de choléra et de dengue. Condamné en juillet 2012 à quatorze ans de prison pour des charges d’“espionnage” jamais étayées, Luis Antonio Torres, employé du quotidien d’État Granma avait, lui aussi, produit des informations d’intérêt public touchant aux conséquences négatives de projets d’infrastructure. Parler d’une réalité embarrassante revient-il à conspirer contre un État ? De même, nous nous inquiétons du sort de l’écrivain Ángel Santiesteban-Prats – condamné à cinq ans de prison le 8 décembre 2012, officiellement pour “violation de domicile et lésions”, à l’issue d’un procès où des charges ont été inventées et des témoignages achetés. Lauréat de plusieurs prix, intellectuel reconnu au sein de la société cubaine, Ángel Santiesteban-Prats n’a fait que formuler sur son blog des critiques envers votre gouvernement. Son emprisonnement peut intervenir à tout moment. Enfin, Reporters sans frontières a eu connaissance de l’arrestation, le 5 février dernier à La Havane, du journaliste indépendant Héctor Julio Cedeño, au seul motif d’avoir photographié un groupe d’inspecteurs d’État harcelant des vendeurs ambulants. Ces entraves et persécutions favorisent-elles réellement le débat critique pour lequel vous plaidez ? Internet en souffrance malgré ALBA-1 L’information est au principe des nécessaires échanges d’idées et d’opinions qui font vivre et évoluer une société. C’est aussi pourquoi les progrès d’Internet doit bénéficier à tous les Cubains. La récente mise en service du câble sous-marin ALBA-1 – relié à l’île depuis le Venezuela – fournit désormais le support nécessaire à une connexion jusqu’alors limitée. Vous avez régulièrement attribué ces limitations à l’impossibilité d’utiliser d’autres câbles, en raison de l’embargo des Etats-Unis imposé à Cuba depuis 1962, dont Reporters sans frontières a d’ailleurs réclamé la levée à plusieurs reprises. Notre position sur ce dernier point reste inchangée. Pour autant, le câble ALBA-1 devrait désormais permettre à tous les citoyens cubains de disposer d’un accès libre à Internet. En vous remerciant de l’attention que vous porterez à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération. Christophe Deloire
Secrétaire général de Reporters sans frontières