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12 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La justice demande à un journaliste bolivien de révéler ses sources


Ricardo Aguilar, journaliste de La Razón, et Claudia Benavente, directrice du quotidien, sont poursuivis en justice pour avoir révélé des informations qui, selon les autorités, relèveraient du secret d’État. Les accusations concernent un reportage, publié le 13 avril 2014, sur la plainte déposée par la Bolivie auprès de la Cour internationale de justice de la Haye contre le Chili, à propos d’un accès à l’Océan Pacifique relié au territoire bolivien. Le procureur général de l’État a déposé une plainte, le 22 avril 2014, à l’encontre de Ricardo Aguilar, pour “espionnage”, et de Claudia Benavente, pour “complicité”. Le 7 mai dernier, le journaliste a reçu l’ordre de révéler l’identité de ses sources dans un délai de cinq jours. Le 9 mai, l’avocat de La Razón a présenté une procédure d’exception d’incompétence contre le juge en charge de l’affaire, Jhonny Machicado et le procureur Facundo Coronel. Ce recours a reporté la comparution de Ricardo Aguilar et de Claudia Benavente, mais la demande de révéler la source demeure. “Ordonner à Ricardo Aguilar de révéler ses sources constitue une violation de la loi sur la presse du 19 janvier 1925, qui garantit le secret des sources” déclare Camille Soulier, responsable du bureau Amériques de Reporters sans frontières, “Nous exigeons que le procureur de retire immédiatement sa demande, et que toutes les charges pesant contre les journalistes soient abandonnées. Le reportage publié par La Razón contient des informations d’intérêt général. Si le conflit maritime entre la Bolivie et le Chili est certes un sujet délicat, accuser des professionnels de l’information d’“espionnage” dans le cadre d’une poursuite judiciaire dont le fondement réside sur le vague terme de “secret d’État”, risque de créer un dangereux précédent pour les journalistes d’investigation et d’avoir un effet dissuasif sur leurs sources.” Le tribunal doit prendre une décision sur la procédure d’exception d’incompétence ce lundi 12 mai. Les journalistes ont indiqué que s’ils étaient à nouveau appelés à comparaitre, ils useraient de leur droit au silence. De son côté, le Procureur général de l’État, Héctor Arce, a déclaré à la presse qu’il n’avait fait qu’ouvrir une enquête, et non imposer la révelation de l’identité des sources - décision qui dépendait des organismes juridiques compétants. Dans son discours à l’occasion de la Journée du journaliste bolivienne le 10 mai 2014, le vice-président Álvaro García Linera a signalé que le but de ce procès contre La Razón était d’identifier les fonctionnaires qui avait fourni les informations afin que ce genre d’atteinte à l’intérêt national ne se reproduise plus. La Bolivie se situe à la 94ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.