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21 août 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La détention arbitraire des journalistes et blogueurs éthiopiens se prolonge


Lors de l'audience du 20 août 2014, la cour fédérale du 19ème district a rejeté la demande de liberté sous caution des trois journalistes Tesfalem Waldyes, Edom Kasaye et Asmamaw Hailegiorgis et des six blogueurs, Atnaf Berhane, Mahlet Fantahun, Befekadu Hailu, Abel Wabella, Natnail Feleke et Zelalem Kibret, détenus depuis cinq mois en Ethiopie. Le procureur a argumenté que la Cour ne pouvait libérer les journalistes et les blogueurs sous caution car ceux-ci sont poursuivis pour des actes qui, selon l'article 3 de la Loi anti-terroriste de 2009, empêchent toute libération sous caution. La défense des 9 journalistes et blogueurs, auxquels s'ajoute Soliyana Shimelis, co-fondatrice du groupe Zone 9 poursuivie par contumace, a fait valoir qu'aucun des accusés n'ayant été individuellement inculpé d'un crime spécifique selon la loi anti-terroriste, l'article 3 ne peut s'appliquer et que leurs clients devraient pouvoir bénéficier d'une libération sous caution. La défense a fait valoir que le caractère anticonstitutionnel de la loi anti-terroriste contrevient à la garantie par la Constitution à pouvoir bénéficier d'une liberté sous caution. "La volonté du gouvernement éthiopien de museler la presse est évident, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. Ces trois journalistes et six blogueurs sont détenus depuis près de cinq mois, sans que la moindre garantie de procès équitable ne leur ait été octroyée. A ce jour, l’accusation n’a toujours pas élucidé quelles actions précises ont suscité les accusations dont il font l’objet. Nous demandons la libération immédiate de ces journalistes et blogueurs qui n'ont absolument rien à faire en prison. " Le 17 juillet, les trois journalistes et six blogueurs avaient été accusés collectivement de "s'organiser en groupes secrets pour renverser le gouvernement en contactant et en recevant des fonds et de la formation de deux groupes terroristes", à savoir, le Ginbot 7 basé aux Etats-Unis, et le Front de libération de l'Oromo, une organisation indépendantiste. Selon la loi anti-terroriste de 2009, les trois journalistes et sept blogueurs pourraient encourir jusqu'à 15 ans de prison. L'étau se resserre depuis quelques mois sur la liberté de l'information en Ethiopie où six journalistes sont actuellement derrière les barreaux pour leurs activités professionnelles. Le 25 juin, vingt employés d'un média audiovisuel d'Etat ont été licenciés pour délit d'opinion et le 5 août, le ministre de la justice a déclaré son intention de poursuivre six journaux d'information qui auraient "encouragé le terrorisme, et mis en danger la sécurité nationale". L’Ethiopie se place au 143e rang sur 180 pays selon le Classement 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.