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16 janvier 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Kezarovski condamné en appel à 2 ans de prison


Reporters sans frontières dénonce la condamnation en appel du journaliste macédonien Tomislav Kezarovski avec les ONGs n-ost et Civil-Center for Freedom.
La Cour d’appel de Skopje a confirmé en appel la condamnation de Kezarovski, jeudi 16 janvier, en la réduisant toutefois à deux ans au lieu des quatre ans et demi de prison prévus par en première instance en octobre 2013. Kezarovski ayant déjà passé plusieurs mois en prison et en résidence surveillée, il devra encore s’acquitter de quatre mois et demi de détention. Il n’a pas encore été précisé s’il devra les passer en prison ou en résidence surveillée. “Ce verdict absurde n’est pas digne d’un candidat de l’Union Européenne et doit être cassé aussi vite que possible, explique Christian Mihr, directeur exécutif de la section allemande de Reporters sans frontières. Tomislav Kezarovski n’aurait jamais dû passer un seul jour en détention. Son seul tort est d’avoir pointé du doigt les défauts du gouvernement macédonien et du système judiciaire au travers de ses enquêtes journalistiques”. Le président de Civil-Centre for Freedom, Xhabir Deralla, ajoute qu’“un tel procès, sans précédent et nuisant aux droits fondamentaux et aux principes de base de la démocratie, ne s’était pas vu en Europe depuis des années. Ce procès et le verdict contre le journaliste Tomislav Kezarovski sont des preuves flagrantes de la politisation du système judiciaire”. Kezarovski, journaliste au quotidien Nova Makedoniya basé à Skopje, a été arrêté en mai 2013 pour avoir révélé l’identité d’un témoin protégé. Il est jugé pour un article publié en 2008 dans le journal Reporter 92 dans lequel il citait un rapport interne de la police qui lui avait été divulgué. Le témoin en question n’avait pourtant pas encore obtenu le statut de témoin protégé à l’époque où l’article a été écrit. Ce même témoin a d’ailleurs reconnu en 2013 avoir livré un faux témoignage sous pression policière. Kezarovski est convaincu que son arrestation avait pour but de lui faire révéler l’identité de la personne qui lui a transmis le rapport policier. Au moment de son arrestation très médiatique par les forces spéciales, le journaliste enquêtait aussi sur le cas de Nikola Mladenov, journaliste pour l’hebdomadaire indépendant Fokus, tué dans un mystérieux accident de voiture deux mois plus tôt. Condamné dans un premier temps à quatre ans et demi de prison en octobre 2013, Kezarovski a déjà passé plusieurs mois en prison. Sous la pression internationale, sa peine avait été commuée en résidence surveillée. Un rapport provisoire de l’Union européenne sur la candidature de la Macédonie publié en octobre dernier critique la situation des médias dans le pays, notamment l’usage abusif des lois sur la diffamation, et l'instrumentalisation des budgets publicitaires de l’État. Le rapport ne mentionne cependant pas de cas individuels, comme celui de Kezarovski. Reporters sans frontières, n-ost et Civil-Center for Freedom demandent à l’Union européenne d’instituer, en pré-condition de l’accès de la Macédoine à l’Union européenne, une meilleure protection des journalistes indépendants et une plus grande fermeté sur le respect de la liberté de l’information. Ces dernières années, la liberté de la presse s’est détériorée de façon dramatique en Macédoine, le pays tombant de la 34ème à la 123ème place au classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.