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28 octobre 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Journalistes harcelés et intimidés : le bureau de la BBC ferme ses portes


Le harcèlement régulier à l'encontre de ses journalistes a contraint la BBC World Service à fermer son bureau à Tachkent. Les attaques contre les membres du bureau britannique ont commencé après la diffusion de reportages sur la révolte d'Andijan et l'implication des troupes ouzbèkes dans la répression sanglante du 13 mai dernier. Le bureau de la BBC était en effet l'un des derniers médias indépendants accessibles à la population ouzbèke durant la révolte d'Andijan. En juin, la correspondante Monica Whitlock a été contrainte de quitter le pays à la suite de pressions de la part du gouvernement. Six correspondants locaux de la BBC ont fui l'Ouzbékistan, et deux d'entre eux ont obtenu le statut de réfugiés auprès des Nations unies. Enfin, lors de leur procès retransmis sur toutes les chaînes du pays, les auteurs présumés de la révolte d'Andijan ont accusé les médias occidentaux, dont la BBC, d'avoir organisé le soulèvement du 13 mai dernier. ------------------------------------------------------------- Les médias occidentaux mis en cause dans la préparation de la révolte d'Andijan 23 septembre 2005 Après avoir admis, le 20 septembre 2005, leur entière culpabilité, les quinze leaders présumés de la rébellion sanglante d'Andijan ont accusé, le lendemain, les médias occidentaux d'avoir organisé le soulèvement du 13 mai dernier. « Ce simulacre de procès, en droite ligne de l'époque stalinienne, nous paraît particulièrement inquiétant quant à l'avenir de la liberté de la presse dans ce pays. Les accusés accusent directement dans leurs déclarations des journalistes occidentaux de la BBC et d'Associated Press qui ont eu le courage de couvrir cet événement particulièrement grave, mais aussi des journalistes qui ne se sont jamais rendus à Andijan. Ce procès témoigne une nouvelle fois des pressions exercées à l'encontre de ceux qui ont révélé ce qui s'est réellement passé ce jour-là », a déclaré Reporters sans frontières. Les accusés ont qualifié la révolte d'Andijan de « complot étranger » et ont, entre autres, affirmé que les journalistes sur place avaient été « financés par des organisations terroristes étrangères ». Selon eux, ce sont les journalistes occidentaux qui auraient recommandé aux accusés d' « imiter une révolution pacifique pour créer le chaos ». L'un des accusés a cité le nom d'un reporter de Reuters qui n'était pas présent au moment du soulèvement. Un diplomate occidental présent au procès soupçonne les accusés d'avoir répété des confessions qui leur avaient été soufflées. Par ailleurs, Le 19 septembre, la cour d'appel de Namangan a confirmé la condamnation de Nosir Zokirov, correspondant de Radio Free Europe / Radio Liberty, à six mois de prison pour « outrage à un membre du service de sécurité ouzbek ». Il était l'un des premiers journalistes à couvrir la révolte d'Andijan. Huit autres correspondants locaux de Radio Free Europe / Radio Liberty ont été victimes de harcèlement pas les autorités ouzbèkes depuis les événements du 13 mai. Dans la nuit du 12 au 13 mai 2005, un groupe armé a investi la prison d'Andijan afin de libérer 23 hommes d'affaires musulmans accusés d'islamisme. Le gouvernement du président Islam Karimov a reconnu la mort, par l'intervention des forces de police, de 187 personnes, dont la plupart étaient, selon les autorités, des « terroristes » islamistes. Les défenseurs des droits de l'homme ont évoqué entre 500 et 1 000 morts, et accusé le gouvernement ouzbek d'organiser le procès afin de masquer son rôle primordial dans ce massacre.