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12 juin 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Impunité et insécurité garanties pour les journalistes du Sud Kivu


A la veille du huitième anniversaire de l’assassinat du journaliste Serge Maheshe, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités du Sud Kivu à protéger davantage les journalistes et à ne pas laisser impunies les menaces quotidiennes qui pèsent sur eux. Le 9 juin dernier, à quelques jours de l'anniversaire de la mort du journaliste de Radio Okapi Serge Maheshe, les journalistes de la province du Sud Kivu ont défilé à Bukavu pour demander aux autorités de prendre plus au sérieux les menaces dont ils font l’objet et de mieux garantir leur sécurité. Dans un mémorandum remis au gouvernorat, les journalistes ont condamné le niveau élevé de violences à leur encontre, et l'impunité qui perdure dans les assassinats de leurs confrères, notamment ceux de Serge Maheshe, le 13 juin 2007 et de Didace Namujimbo, le 29 novembre 2009, tous deux journalistes à Radio Okapi. "Les autorités du Sud Kivu doivent prendre au sérieux les menaces contre les journalistes et mener le cas échéant des enquêtes judiciaires approfondies, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF. En 2009 déjà, l’organisation dénonçait le fiasco du procès des assassins présumés de Serge Maheshe et les conséquences tragiques de cette inertie, à savoir l'assassinat abject de Didace Namujimbo. Depuis, aucun progrès pour protéger les journalistes et punir leurs assassins n’a été accompli. Une situation qui plonge l’ensemble des journalistes travaillant dans l’est de la RDC dans une totale insécurité.” A ce jour, toutes les personnes condamnées dans ces deux procès se sont évadées fortuitement de prison et n'ont plus jamais été inquiétées. Les commanditaires des assassinats n'ont jamais été identifiés ou recherchés. Sous pression des autorités Non seulement les autorités ne protègent pas les journalistes, mais pire encore, elles sont parfois même les auteurs des menaces. Aujourd'hui, c'est Donat Musema de la radio communautaire Iriba FM qui est dans le collimateur des autorités. Depuis qu'il a diffusés sur les ondes le discours donné à Bukavu par Vital Kamerhe, ancien soutien du président Kabila devenu opposant politique, le journaliste reçoit de graves menaces de la part d’un agent du gouvernorat. Une plainte a été déposée. Le journaliste, et ceux qui le soutiennent, sont depuis victimes de pressions de la part de personnes proches des autorités provinciales qui les pressent de trouver une solution amiable et d’abandonner la procédure en justice. D’autres journalistes ont récemment fait l'objet d’intimidations dans la ville que RSF avait baptisée “la Cité des meurtres” dans son rapport de 2009. Ernest Muhero et Ricky Ombeni de Radio Mandeleo, connue pour son sérieux, ont eux aussi reçu des menaces anonymes après avoir abordé des thèmes liés aux conflits fonciers. Quelques mois auparavant, c’est le journaliste Jean Chrysostome Kijana, président de l'association Inter Médias Grands Lacs qui avait fait l'objet de menaces de mort par SMS. A Minembwe, dans les hauts plateaux de Fizi, c’est un colonel de milice qui menace régulièrement par téléphone deux journalistes de la radio communautaire Tuungane, Vedast Ngabo et Runyambo Kasi. Ils avaient dénoncé les tracasseries dont est victime la population sous contrôle de cette milice. Pour lire le rapport d'enquête détaillé sur l'état des procédures dans les affaires Maheshe et Namujimbo, cliquez ici. La RDC occupe la 150ème place sur 180 au Classement 2015 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.