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24 juillet 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

"Il n'y a pas de démocratie sans pluralisme et sans impartialité dans l'information"


Le chef de l'Etat italien Carlo Azeglio Ciampi a solennellement demandé au Parlement de légiférer pour assurer le pluralisme et l'impartialité de l'information audiovisuelle en Italie, actuellement contrôlée par le chef du gouvernement Silvio Berlusconi. Reporters sans frontières se félicite de cette prise de position du président Ciampi.
Sortant de sa réserve habituelle, le chef de l'Etat Carlo Azeglio Ciampi a solennellement demandé au parlement italien, le 23 juillet, de légiférer pour assurer le pluralisme et l'impartialité de l'information audiovisuelle en Italie, actuellement contrôlée par le chef du gouvernement Silvio Berlusconi. La procédure du message du chef de l'Etat au Parlement, très rare, est utilisée pour la première fois par le président Ciampi depuis son élection par les Chambres il y a trois ans. Reporters sans frontières, qui est intervenue dans le même sens et à plusieurs reprises auprès du président Ciampi et de Silvio Berlusconi, se félicite de cette prise de position du chef de l'Etat italien. L'Italie est en effet le seul Etat de l'Union européenne et la seule grande démocratie occidentale où l'ensemble des médias audiovisuels du pays, privés comme publics, sont contrôlés, directement ou indirectement, par le pouvoir en place. Reporters sans frontières rappelle que Silvio Berlusconi contrôle, en effet, par l'intermédiaire de la holding Fininvest, le premier groupe de télévision privé italien, Mediaset, fort des trois principales chaînes privées nationales du pays, et qu'il est l'un des actionnaires de contrôle du groupe Mondadori, l'un des principaux groupes italiens de presse et d'édition. Il s'était engagé, en mai 2001, à résoudre le conflit entre ses intérêts dans le groupe audiovisuel Mediaset et ses fonctions de chef de l'exécutif. Or, le texte proposé par le gouvernement se limite à prévoir la création d'une autorité chargée de veiller à ce que les responsables gouvernementaux ne prennent pas de décisions favorisant leurs intérêts privés. En revanche, il ne remet nullement en cause l'autorité et l'influence de Silvio Berlusconi sur le groupe Médiaset, qui demeure sa propriété. Dans ces conditions, les trois autres chaînes de télévision du pays, les trois télévisions publiques de la RAI, jouent un rôle fondamental pour maintenir le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie. Or Silvio Berlusconi et le nouveau conseil d'administration de la RAI, désigné par la nouvelle majorité parlementaire en février 2002, multiplient les pressions sur les journalistes jugés critiques envers le gouvernement. Dans un courrier daté du 2 juillet 2002, Reporters sans frontières avait demandé à être reçue à Rome par Silvio Berlusconi, président du Conseil italien, pour évoquer les menaces pesant sur le pluralisme de l'information audiovisuelle en Italie. Le 14 février 2002, avant le remplacement du conseil d'administration de la télévision publique (RAI), l'organisation avait suggéré au gouvernement italien de confier à une autorité indépendante la responsabilité de dégager des propositions visant à renforcer les garanties d'indépendance des trois chaînes de la télévision publique italienne. Les autorités italiennes n'ont donné aucune suite à ces démarches. Dans un courrier adressé, par ailleurs, le 23 avril 2002, à Carlo Azeglio Ciampi, président de la République italienne, l'organisation avait insisté auprès du chef de l'Etat italien pour qu'il "s'élève clairement, en tant que gardien de la Constitution, contre la menace qui pèse actuellement sur le pluralisme et la liberté de l'information en Italie".