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3 avril 2008 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Hu Jia condamné à trois ans et demi de prison : une « provocation » à quatre mois de l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin


Reporters sans frontières est révoltée par la condamnation à trois ans et demi de prison du militant Hu Jia, reconnu coupable d'"incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat". "La liste de prisonniers des JO s'allonge, et le Comité international olympique reste désespérément silencieux. Nous demandons à l'Union européenne de geler son dialogue sur les droits de l'homme avec la Chine", a déclaré l'organisation.
Reporters sans frontières est révoltée par la condamnation à trois ans et demi de prison du militant Hu Jia, reconnu coupable d'"incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat". L'organisation exprime son soutien à son épouse, Zeng Jinyan - placée en résidence surveillée avec sa fille de quatre mois -, à ses avocats et à ses amis qui se sont mobilisés pour lui, malgré les menaces de la sécurité d'Etat. "A quatre mois des Jeux olympiques, la justice chinoise, aux ordres des autorités, jette de l'huile sur le feu en condamnant Hu Jia, figure emblématique du combat pacifique pour l'amélioration de la situation des droits de l'homme en Chine. En envoyant en prison pour de longues années cet homme déterminé, le gouvernement fait taire un porte-parole des victimes de la répression qui aurait eu le courage de témoigner auprès des milliers de journalistes étrangers qui viendront à Pékin pour couvrir les Jeux olympiques. La liste de prisonniers des JO s'allonge, et le Comité international olympique reste désespérément silencieux", a déploré l'organisation. "Comment l'Union européenne, qui a publiquement demandé la libération de Hu Jia, peut-elle accepter une fois de plus d'être humiliée de la sorte par les autorités chinoises ? En signe de protestation, nous demandons aux gouvernements européens de geler immédiatement le dialogue constructif sur les droits de l'homme entamé avec la Chine depuis plusieurs années. Et nous réitérons notre appel aux chefs d'Etat et de gouvernement à boycotter la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin", a ajouté l'organisation. Le 3 avril 2008 au matin, le tribunal intermédiaire populaire de Pékin a condamné Hu Jia à trois ans et demi de prison. L'un de ses avocats, Li Fangping, a déclaré à la presse étrangère que son client n'avait pourtant fait qu'exercer son droit à la liberté d'expression protégé par la Constitution chinoise. "Il a été reconnu coupable", a déclaré l'avocat Li Fangping à la sortie du tribunal. Son épouse, Zeng Jinyan, bouleversée par le verdict, a déclaré : "C'est injuste. Leur preuve, c'est qu'il a publié sur Internet cinq articles qu'il a écrits et donné deux interviews avec la presse étrangère, ce n'est pas juste." De son côté, l'agence officielle Xinhua a confirmé la condamnation, parlant de "crime" commis par le dissident. Tandis qu'une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères interrogée par l'Agence France-Presse a expliqué que la "Chine est un pays de lois. Chacun est égal devant la loi, il ne nous est pas possible d'arrêter l'application de la loi en raison des Jeux olympiques". Toujours citée par l'Agence France-Presse, la mère de Hu Jia a défendu l'innocence de son fils : "Je suis très fière de ce que mon fils a fait. Toute cette affaire est une question de liberté d'expression". Des députés européens ont immédiatement dénoncé la condamnation de Hu Jia, sélectionné en 2007 pour le prix Sakharov du Parlement européen. L'eurodéputé libéral Dirk Sterckx, président de la délégation parlementaire pour les relations avec la Chine, et Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l'homme, ont fait part de leur "déception" et "indignation" dans un communiqué commun. Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, voit dans cette décision de justice une "provocation absolue", soulignant le caractère "alarmant" de la répression menée par les autorités chinoises. Le président des Verts européens, Daniel Cohn-Bendit, a de son côté estimé que "le verdict prononcé contre Hu Jia était injustifié et inacceptable et contredisait totalement les principes de la Charte olympique". Un porte-parole de la délégation de la Commission européenne à Pékin a également réclamé la libération immédiate du dissident. Le CIO a, quant à lui, refusé de commenter cette condamnation. Dans une lettre ouverte, Hu Jia et son ami Teng Biao avaient adressé un appel à l'attention des journalistes étrangers : "Vous ne savez peut-être pas que cet enthousiasme, ces sourires, cette harmonie et cette prospérité sont fondés sur l'injustice, les larmes, l'emprisonnement, la torture et le sang." Le 18 mars, Hu Jia avait été jugé en quelques heures, sans que la défense puisse présenter des témoins. Les diplomates et les journalistes étrangers avaient été empêchés d'assister à l'audience, au motif que la salle était trop petite. Hu Jia, âgé de 34 ans et atteint d'une hépatite, a été reconnu coupable d'avoir publié sur des sites chinois basés à l'étranger, plus particulièrement Boxun, des articles sur la situation des droits de l'homme avant les Jeux olympiques. Le militant, connu pour son combat en faveur des malades du Sida, a également témoigné auprès de nombreux médias étrangers et ambassades. Le 27 décembre 2007, une vingtaine de policiers avait fait irruption au domicile de Hu Jia à Pékin où se trouvait sa femme Zeng Jinyan et leur fille âgée alors de 6 semaines. Les policiers avaient coupé leur connexion Internet et leurs téléphones, puis arrêté Hu Jia. Vingt jours plus tôt, Reporters sans frontières et la Fondation de France avaient accordé un prix spécial à Hu Jia et Zeng Jinyan en reconnaissance de leur engagement en faveur de la liberté d'expression avant les Jeux olympiques de Pékin.