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26 janvier 2018

Honduras : A la veille de l’investiture du président Hernández, RSF demande des engagements concrets pour mieux protéger la presse

Le président Juan Orlando Hernandez lors d'une conférence de presse le 22 janvier 2018 (Orlando Sierra / AFP)
L’élection présidentielle hondurienne a été marquée par de graves attaques contre les journalistes. Reporters sans frontières (RSF) appelle le président Hernández à faire respecter le travail de la presse et à prendre des engagements concrets pour renforcer la protection de la profession.

Samedi 27 janvier, Juan Orlando Hernández sera investi pour un deuxième mandat à la tête du pays. Les violences contre la presse, l’impunité des crimes commis contre les journalistes et les manoeuvres gouvernementales pour entraver le travail des journalistes indépendants et d’opposition n’ont cessé d’augmenter au Honduras pendant son premier mandat.


Depuis les élections du 26 novembre 2017, qui ont été entachées par de graves soupçons de fraude, les mouvements de protestations, convoquées par l’opposition se sont multipliées. Dans ce contexte de grande tension, une féroce répression s’est abattue sur les manifestants et de nombreux journalistes. Des manoeuvres visant à censurer la presse indépendante et d’opposition sont également à déplorer.


Le président Hernandez et son nouveau gouvernement doivent en priorité renforcer la sécurité de la profession en donnant au Mécanisme national de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’Homme les moyens et les ressources nécessaires pour faire face à la réalité des risques dans le pays, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de RSF. Les autorités honduriennes doivent également mettre fin à l'impunité des crimes commis contre les journalistes et restaurer un climat de confiance envers la profession. Si aucune décision courageuse n’est prise à l’occasion de ce nouveau mandat, la liberté de la presse et la démocratie poursuivront leur inéluctable fuite en avant.”


Arrestations, agressions et violences dans les manifestations


RSF a recensé de nombreux cas de violences et d’agressions contre les journaliste honduriens. La plupart d’entre elles ont été commises par les forces de l’ordre, et plus particulièrement par la police militaire (PMOP= Policía Militar de Orden Publico) et l’armée.


Le 11 décembre, Josué Neptalí Rubí Corrales, directeur du programme Notivoz Estelar (Telesur) a été arrêté par l’armée alors qu’il couvrait une manifestation pacifique dans la ville de Nacaome (sud du pays). Il a ensuite été incarcéré pendant près de 12 heures avant d’être libéré. Le 5 janvier dans la ville de Choluteca (sud du pays), le journaliste Kevin Castillo (Televida), s’est fait tabasser par des militaires, sa caméra a été jetée au sol et brisée en mille morceaux. Le 12 janvier, dans la capitale Tegucigalpa, les journalistes Cesar Silva, Rony Martínez, José Flores et Pedro Amador (Une TV) ainsi que Claudia Mendoza (Primer Impacto de Univisión) et Gerson Maldonado (TV Azteca) ont eux aussi été frappés par des militaires et leur matériel professionnel a été détruit. Le 20 janvier, toujours à Tegucigalpa, le journaliste Dassaev Aguilar Moncada, correspondant de la chaîne d’information iranienne Hispan TV, a eu sa jambe fracturée par le jet d’une bombe lacrymogène par le PMOP.


Selon le groupe de travail Mesa de Derechos Humanos, composé d’une trentaine d’ONGs locales, plus de 33 manifestants ont été tués, 1350 arrêtés arbitrairement, 232 blessés et au moins 9 défenseurs des droits de l’Homme et 11 journalistes ont été agressés entre le 26 novembre 2017 et le 18 janvier 2018.


Campagnes de dénigrement et menaces


Des campagnes de dénigrement et d’incitation à la haine contre les journalistes sur les réseaux sociaux ont également été lancées ces dernières semaines. Dix journalistes réputés et connus pour leurs positions critiques des autorités: Gilda Silvestrucci (Radio Globo), Dasaev Aguilar Moncada (Hispan TV,) Rony Martínez, Cesar Silva, Ivis Alvarado, Mauricio Rivera, Edgardo Castro et Jorge Aldana (UneTV), Ariel D.Vicente (Prensa Libre) et Jairo Lopez (Canal 21- déjà visé par des campagnes similaires en 2017), ont ainsi vu circuler sur Facebook leurs photos, associées à leurs médias, à côté desquelles on pouvait lire le message “découvrez les assassins qui incitent à la violence et à la haine”. Des défenseurs des droits de l’Homme et de la liberté d’expression, comme Eddy Tabora, directeur du C-Libre, ont aussi été visés par ces publications, largement relayées et partagées sur les réseaux sociaux. Une plainte a été déposée au Ministère Public le 18 janvier mais aucune enquête n’a depuis été ouverte.


D’innombrables menaces et appels téléphoniques anonymes à des journalistes, les incitant à ne plus diffuser d’informations sur le contexte politique du pays, ont été recensés par la Commission nationale des droits de l’Homme du Honduras (Conadeh).


Face à cet état d’urgence, le 21 janvier, la Conadeh a appelé l’Etat hondurien à “enquêter sur ces menaces, identifier les coupables et les traduire en justice au plus vite” et à protéger en urgence la profession.


La demande de renforcement du mécanisme de protection a déjà été formulée à plusieurs reprises par RSF, notamment lors d’une mission de terrain en octobre 2017, et a été réitérée par la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) et le Haut Commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme (OACNUDH), dans un communiqué diffusé le 19 janvier 2018. Dans ce document, les deux institutions font également part de leur grande préoccupation sur la recrudescence des menaces et de harcèlements contre les journalistes dans ce contexte électoral.


Boycott et expulsions


Le 4 décembre, trois journalistes indépendants étrangers n’ont pu entrer sur le territoire: l’Américain Reed Lindsay, l’Anglaise Fahema Abdel Hafiz Sokaika et le Néo-Zélandais Edward Philip Augustin ont ainsi été immobilisés pendant 24 heures à l’aéroport international de Toncontin (Tegucigalpa) avant d’être expulsés du pays, sans explications de la part des autorités douanières. Ils venaient tous trois réaliser des reportages sur la crise économique et sociale dans le pays.


Le 18 janvier, le père Ismael Moreno, directeur de Radio Progreso, a dénoncé publiquement le boycott de sa radio, à travers le sabotage des antennes, après la diffusion d’informations sur les manifestations populaires dans le pays.


Le Honduras se classe 140ème sur 180 pays dans le Palmarès mondial 2016 de la liberté de la presse.


Voir le guide RSF/Unesco sur la couverture journalistique en période électorale