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28 juillet 2017

Grèce : une décision de justice autorise un ministre à faire geler les comptes d’un éditeur pour le réduire au silence

Le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias / AFP
Reporters sans frontières (RSF) dénonce un acte de censure de la part du ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias à l’encontre de l’éditeur the Athens Review of Books (ARB) en représailles à la publication d’une lettre sur son passé communiste

C’est la publication par The Athens Review of Books ( l’équivalent grec du New York Review of Books) d’un courrier de lecteur évoquant l’époque où le Ministre Nikos Kotzias était un membre actif du parti communiste grec et responsable de sa propagande qui a mis le feu aux poudres.


Dans cette lettre publiée par la revue en 2010, le ministre y était notamment décrit comme “le communiste le plus extrême, le plus fanatique et le plus brutal sa génération…” , une description suffisamment “diffamatoire” selon lui pour qu’il décide de saisir la justice et demande un dédommagement financier de 250 000 euros pour réparer ce préjudice.


La cour suprême a confirmé une décision de la cour d’appel de 2015, favorable au ministre, lui permettant d’ordonner sur le champ le gel des comptes de l’éditeur de presse, ce que le ministre a fait le 24 juillet.

Le juge n’a en revanche accordé qu’une indemnité de 22 000 euros au titre du dédommagement.


RSF regrette que la justice grecque se montre bienveillante à l’égard d’un homme politique et rende une décision scandaleuse et disproportionnée à l’encontre d’un éditeur de presse pour le contraindre au silence, déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone Union européenne de RSF. Nous appelons à une réforme de la loi sur la presse en Grèce afin que la diffamation qui constitue une infraction pénale y soit abrogée et que ceux qui estiment leur réputation lésée engagent des poursuites devant des tribunaux civils. “


La revue Athens Review of Books a porté l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) à Strasbourg qui par le passé a déjà rendu des décisions favorables à la liberté de la presse dans des affaires similaires.



La Grèce occupe la 88ème place, sur 180 pays, au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF).