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6 juin 2016 - Mis à jour le 7 juin 2016

France : sommés d’écrire des publi-reportages, les journalistes d’iTélé déposent une motion de défiance contre la direction

Plateau de la chaîne iTélé / Crédit AFP
Reporters sans frontières (RSF) s’élève contre le projet de la direction de iTélé de faire écrire des publi-reportages aux journalistes pour attirer les annonceurs. La rédaction vote une motion de défiance contre ce « projet ».

C’est une première dans l’histoire de la chaîne. Pendant cinq jours, la rédaction de iTélé se prononce sur une motion de défiance à l’égard de sa direction qui, en plus d’un plan d’économies drastique, veut lui imposer de nouvelles méthodes éditoriales.


Pour faire revenir des annonceurs, les journalistes ont en effet été informés qu’ils devraient produire du publi-rédactionnel qui ne serait pas clairement étiqueté comme tel.


Selon les témoignages, le nouveau directeur de iTélé, Serge Nedjar, un proche de Vincent Bolloré n’aurait pas mâché ses mots auprès du président de la SDJ Olivier Ravanello le 1er juin dernier. La publicité classique ne suffit plus à assurer les recettes de la chaîne aurait-il avancé. Pour y remédier il faudra que “les mentalités changent”. Et de préciser : “iTélé doit participer davantage à des opérations de partenariat”. Et lorsque Olivier Ravanello s'est interrogé sur le caractère éthique de ces nouvelles directives, la réponse de la direction aurait été sans appel: “Il n’y aura rien à discuter parce que vous ferez ce qu’on vous dit de faire”.


Ces échanges sont détaillés dans une lettre de la SDJ envoyée aux journalistes, et que RSF s’est procurée.


En clair, Serge Nedjar veut donner davantage de place aux programmes payés par des marques et obtenir le sponsor de certains sujets par des annonceurs. Une pratique contraire aux règles déontologiques du journalisme qui veulent que la frontière entre le rédactionnel et la publicité soit clairement établie.


« Nous dénonçons ces pratiques qui vont à l’encontre de principes très clairs édictés par la charte des journalistes de Munich, déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau UE-Balkans à RSF. Le texte mentionne sans aucune ambiguïté qu’il ne faut jamais ‘’confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire’’. Nous nous attacherons à dénoncer toute dérive allant à l’encontre de ce principe. La vérité et la restitution des faits ne sauraient dépendre d’intérêts économiques. Il en va de la fiabilité de l’information et de la crédibilité des journalistes. »


La France occupe la 45ème position dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2016.