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14 décembre 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Fermeture du bureau de Radio Free Europe : chronique d'une disparition annoncée de la presse libre


Agressions, menaces, passages à tabac, condamnations, expulsions, fermeture des bureaux de la BBC et d'Internews, la liste des atteintes à la liberté de la presse ne cesse de s'allonger en Ouzbékistan. Reporters sans frontières est particulièrement pessimiste sur la situation des médias dans le pays qui s'est extraordinairement dégradée depuis la révolte d'Andijan. lire en russe
lire en russe Agressions, menaces, passages à tabac, condamnations, expulsions, fermeture des bureaux de la BBC et d'Internews : depuis la révolte d'Andijan, réprimée dans le sang par les autorités ouzbèkes en mai 2005, la liste des atteintes à la liberté de la presse ne cesse de s'allonger en Ouzbékistan. « Nous sommes particulièrement pessimistes sur la situation des médias en Ouzbékistan qui s'est extraordinairement dégradée depuis la révolte d'Andijan », a déclaré Reporters sans frontières. « Nous sommes très inquiets du climat de censure et de chasse aux médias indépendants orchestrée par les autorités ouzbèkes », a ajouté l'organisation. Le ministère ouzbek des Affaires étrangères a mis fin le 12 décembre 2005 à l'existence officielle du bureau de Radio Free Europe/Radio Liberty, radio publique américaine qui diffuse notamment des programmes en ouzbek. Le ministère a refusé d'accorder à son bureau local une accréditation annuelle, obligatoire à tout média pour exercer sur le territoire. Quatre correspondants locaux de la radio se sont également vu suspendre leur accréditation officielle. Le bureau fonctionnait déjà au ralenti depuis août 2005 après que la précédente accréditation avait expiré. Nosir Zokirov, un correspondant de la radio et un des premiers journalistes présents à Andijan, est actuellement emprisonné après avoir été condamné le 26 août 2005 à 6 mois de prison pour sa couverture des événements. Dans un communiqué daté du 13 décembre, Radio Free Europe précise qu'au moins neuf correspondants du bureau ouzbek ont reçu des menaces par téléphone ainsi que les membres de leurs familles ; ils ont également été interrogés par des services de sécurité, leur matériel d'enregistrement a été confisqué et certains d'entre eux ont été battus. « Un ancien journaliste ouzbek souhaitant garder l'anonymat nous a affirmé que la répression s'était étendue à tous ceux qui lisent la presse indépendante ou consultent les sites Internet d'opposition», a précisé l'organisation. Après la fermeture de Radio Free Europe, les médias libres en Ouzbékistan sont réduits à peau de chagrin. L'hebdomadaire ouzbek Hurriyat ne tire qu'à 3 500 exemplaires et la très grande majorité des journaux appartient au gouvernement, aux organes de l'Etat ou aux partis politiques. Les principales agences de presse étrangères sont encore représentées à Tachkent comme l'Agence France-Presse (AFP), Reuters et Associated Press (AP). Elles restent l'une des rares sources d'information indépendante dans un paysage médiatique entièrement verrouillé par le président Islam Karimov. Ironie du sort, à Tachkent, les agences de presse russes publiques Ria Novosti, Itar-Tass et l'agence russe privée Interfax apparaissent relativement neutres dans leur couverture de l'information ouzbèke alors qu'elles sont bien plus contrôlées à Moscou. D'autres médias étrangers comme la radio et chaîne publique allemande Deutsche Welle disposent de correspondants locaux mais pas de bureaux permanents. Internet reste le média le plus indépendant en Ouzbékistan. La population peut consulter de nombreux sites d'expression citoyenne comme Ariena en russe (www.freeuz.org) ou des sites de mouvements d'opposition comme celui du parti Erk (démocrate) et du parti Birlik. Mais ces derniers sont régulièrement bloqués par les autorités.