Actualités

5 février 2019 - Mis à jour le 7 février 2019

Etats-Unis : des trolls s’en prennent à des journalistes licenciés du HuffPost et de Buzzfeed

DIPTENDU DUTTA / AFP
Après le licenciement, le harcèlement. Des journalistes, victimes d’une vague de suppressions de postes au sein des rédactions du HuffPost et de BuzzFeed, ont été victimes de harcèlement en ligne et de menaces de mort, selon des informations recueillies par Reporters sans frontières (RSF).

Cette campagne d’intimidation, coordonnée via le forum de messagerie 4chan, populaire parmi les groupes d’extrême droite, a visé les journalistes qui avaient annoncé sur les réseaux sociaux qu’eux-mêmes ou d’autres employés avaient perdu leur emploi à la suite d’une restructuration de leur rédaction initiée depuis le 24 janvier.

 

Après avoir twitté à propos de son licenciement, l’ancien reporter du HuffPost, Nick Wing, a reçu un email contenant une image de corps pendus à un arbre. Une autre photo représentait le journaliste de Fox News Tucker Carlson avec, à la place du traditionnel bandeau déroulant de la chaîne d'info, inscrites les phrases : “Tuez-les. Rendez sa grandeur à l’Amérique”, en lettres capitales. Nick Wing a également fait l'objet de tweets - dont beaucoup sont restés visibles sur la Toile pendant des heures - comportant des insultes racistes et des croix gammées.

 

Talia Lavin, une journaliste indépendante ont été licenciés, a quant à elle été la cible d’attaques sexistes et antisémites sur les réseaux sociaux, ainsi que de menaces directes. Sur 4chan, elle a découvert des discussions dans lesquelles les participants se vantaient de “ridiculiser” des journalistes et incitaient d’autres à les “défoncer”.

 

Le président Donald Trump a lui-même réagi sur Twitter justifiant ces licenciements, “Fausses informations et mauvais journalisme sont à l’origine de ce déclin”, a-t-il ainsi écrit le 26 janvier. La remarque présidentielle a provoqué de nombreuses réactions parmi les journalistes. “C’est écoeurant”, s’est insurgé le rédacteur en chef de BuzzFeed, Ben Smith. Les journalistes licenciés “ne méritent pas cette cruauté”, a pour sa part déploré Lydia Polgreen, rédactrice en chef au HuffPost.

 

Au-delà des raisons propres à chaque rédaction, ces vagues de licenciements surviennent dans un contexte global de plus en plus morose pour l’industrie de la presse, qui peine à trouver un modèle stable dans un environnement médiatique en plein bouleversement.

 

Les trolls se sont attaqués à des journalistes qui vivaient déjà des moments difficiles, reprenant à leur compte les éléments de langage du président des Etats-Unis, qui a déclaré que les journalistes étaient responsables de leurs propres licenciements ”, déclare Margaux Ewen, directrice du bureau Amérique du Nord de RSF. “Nous redoutons que cette violence verbale se traduise en violence physique, étant donné l’augmentation de rapports concernant le harcèlement en ligne des journalistes aux Etats-Unis. Par ailleurs, le président devrait s’inquiéter de la crise que traversent ses rédactions et des conséquences que ces difficultés peuvent avoir sur le pluralisme de l’information.

 

Ces attaques ne sont malheureusement pas inédites et RSF s’est déjà fait l’écho de nombreux cas de journalistes américains harcelés sur Internet ces dernières années. À l’image du reporter de CNN Andrew Kaczynski, auteur d’un sujet sur l’utilisateur du site web communautaire Reddit qui avait été à l’origine d’une vidéo montrant le président en train de cogner sur une personne et dont le visage avait été remplacé par le logo de CNN. Après la diffusion de ce travail, Andrew Kaczynski et ses collègues avaient reçu des dizaines de menaces. Jared Yates Sexton, un autre reporter qui avait lui aussi été harcelé en juillet 2017 après avoir travaillé sur le même utilisateur de Reddit, a subi du harcèlement sur Internet pendant plus de deux ans. Le 28 juin, jour de la tuerie au journal Capital Gazette dans le Maryland, il twittait : “Je reçois un flot de menaces de mort depuis une semaine. Je connais d’autres journalistes pour qui c’est aussi le cas. Il s’agit de comportements organisés, coordonnés et graves. Nous avons prétendu que ce n’était pas le cas pendant trop longtemps.”

 

Les Etats-Unis sont classés au 45e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2018, établi par Reporters sans frontières.

 

Pour plus d’informations, suivez le compte Twitter @RSF_inter.