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18 juin 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Espoir d’une libération pour 54 journalistes et net-citoyens toujours emprisonnés?


Les élections présidentielle et municipales se sont déroulées le 14 juin 2013, en absence d’une couverture objective. Plus de 50 millions d’Iraniens ont été privés d’informations libres et indépendantes pour faire leur choix et voter. Malgré le verrouillage total de ces élections, les Iraniens ont profité de cette occasion pour s’exprimer et voter massivement contre la politique officielle du Guide suprême, Ali Khamenei. “Cette élection démontre, si besoin était qu’en juin 2009, le vote du peuple en faveur d’un changement avait été confisqué par les deux prédateurs de la presse que sont Ali Khamenei et Mahmoud Ahmainejad. Tous deux sont responsables de la repression et de l’arrestation arbitraire de plus de 300 journalistes et net-citoyens, torturés par les services des renseignements”, a déclaré Reporters sans frontières. Le 15 juin 2013, Hassan Rohani, candidat conservateur modéré soutenu par les réformateurs, qui avait promis un changement dans le pays, a été élu des le premier tour avec plus de 51% des voix. “Monsieur Rohani, vous êtes aujourd’hui le septième président de la République islamique, élu grâce au soutien massif des réformateurs et des progressistes iraniens. Votre élection fait suite à huit années de présidence de Mahmoud Ahmadinedjad, au cours desquelles la répression s’est intensifiée, les exactions contre la société civile et les journalistes se sont multipliées, principalement au cours du dernier mandat. “Dans vos promesses de campagne, vous avez plusieurs fois mentionné vouloir oeuvrer en faveur de la liberté d'expression et de la presse, pour la libération de tous les prisonniers politiques. Ces engagements forts ont poussé les progressistes iraniens, notamment les jeunes et les femmes, à massivement voter pour vous. Il est aujourd’hui de votre responsabilité de les mettre en oeuvre, et de faire en sorte que ces promesses ne restent pas des paroles vides de sens et réalité”. “Sur vous repose l’espoir de sortir l’Iran de la crise qui la paralyse profondément depuis des années; de garantir une information libre et indépendante pour l’ensemble du peuple iranien; de respecter les engagements internationaux de la République islamique d’Iran, notamment en matière d’information. Tant que ces demandes du peuple iranien ne seront pas satisfaites, vos concitoyens ne pourront pas se sentir libres.” “Le 21 mai dernier, Reporters sans frontières vous avait adressé une lettre, ainsi qu’aux sept autres candidats à la présidence de la République, au sujet de l’importance de placer au coeur de votre prochain mandat le respect des libertés fondamentales, parmi lesquelles la liberté d’information. Nous vous réitérons aujourd’hui nos demandes, à vous, Président de la République islamique d’Iran: Exigez la libération inconditionnelle des 54 journalistes et net-citoyens toujours emprisonnés en Iran. Certains ont été arrêtés au lendemain de l’élection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin 2009, et sont toujours incarcérés aujourd’hui, quatre ans plus tard. Leur seul crime est d’avoir exercé leur droit constitutionnel à l’information. La liberté d’information ne sera pas garantie en Iran tant que les arrestations et détentions arbitraires de journalistes continuerait à être une pratique systématique des autorités iraniennes pour museler les médias et bâilloner la société civile. Engagez-vous à réformer en profondeur la loi sur les médias, en particulier à dépénaliser les délits de presse et garantir la liberté d’information sans discrimination de langue, de religion ou d’opinion politique. Il est urgent de revoir la loi de 1986 sur la presse (amendée en 2000 et en 2009 pour englober les publications en ligne), qui permet au pouvoir de vérifier que les acteurs de l’information ne “portent pas atteinte à la République islamique”, “n’offensent pas le Guide suprême” ou ne “diffusent pas de fausses informations”. Les amendements de la loi sur la presse qui obligent les publications en ligne à obtenir une licence doivent être abrogés. Garantissez au peuple iranien l’accès à un Internet libre, sans filtrage, ni surveillance. L’instauration d’un "Internet Halal" (national) qui vise à imposer un véritable “apartheid digital” constitue un danger pour l’Iran. Engagez-vous à mettre fin au règne de l’arbitraire et de l’impunité. Ne doivent pas rester impunis les assassinats de journalistes dissidents, tels que Ebrahim Zalzadeh, Majid Charif, Mohamad Mokhtari, Mohamad Jafar Pouyandeh et Pirouz Davani, exécutés par des agents du ministère des Renseignements, entre novembre et décembre 1998 ; ne sauraient non plus rester impunies la mort en détention de Zahra Kazemi (2003) et celles d’Ayfer Serçe (2006), du jeune blogueur Omidreza Mirsayafi,(2008), Haleh Sahabi, journaliste et activiste des droits des femmes et d’Hoda Saber, journaliste d’Iran-e-Farda (2011) ou bien de Sattar Beheshti (2012). Les auteurs et les commanditaires de ces crimes doivent être traduits en justice. Les photos : Arash Ashoorinia (www.kosuf.com )