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24 août 2017 - Mis à jour le 25 août 2017

Escalade de la répression en Azerbaïdjan: le directeur de l’agence Turan arrêté

Crédit : VOA
Le directeur de l’agence de presse Turan, Mehman Aliev, a été arrêté le 24 août 2017 à Bakou. Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’escalade de la répression contre le dernier média indépendant encore actif en Azerbaïdjan.

Mise à jour : Au terme de sa garde à vue, Mehman Aliev a été placé en détention provisoire pour au moins trois mois ce 25 août 2017. Accusé “d'entreprenariat illégal”, il risque jusqu’à sept ans de prison. Paralysée par les poursuites dont elle fait l’objet, l’agence Turan annonce qu’elle suspendra ses activités à compter du 1er septembre. RSF appelle la communauté internationale à réclamer la libération de Mehman Aliev et à s’opposer à la mort annoncée du dernier média indépendant encore actif en Azerbaïdjan.



24.08.2017 - La pression à l’encontre de l’agence Turan est brutalement montée d’un cran. Son directeur, Mehman Aliev, a été placé en garde à vue ce 24 août à Bakou. Convoqué au ministère des Impôts dans le cadre de l’enquête pénale ouverte contre Turan début août, il a été transféré au commissariat de Yasamal au terme de son interrogatoire et mis en examen pour “évasion fiscale” et “abus de pouvoir”. Un tribunal doit décider dans les 48 heures de son placement en détention ou de sa remise en liberté.


“Impuissantes à contraindre Turan à coopérer, les autorités lui tordent le bras de plus en plus fort, constate Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Mehman Aliev est une figure fondatrice du journalisme en Azerbaïdjan. Son seul crime est de diriger le dernier média indépendant du pays. Nous exigeons sa remise en liberté immédiate et l’abandon des poursuites politiques contre Turan.”


Une enquête pénale a été ouverte le 7 août contre l’agence, accusée d’avoir dissimulé des profits depuis plusieurs années. RSF a dénoncé cette procédure, entachée de multiples irrégularités, comme une pression politique. La rédaction de Turan a été perquisitionnée le 16 août et ses comptes en banque gelés.


Figure du combat pour une information fiable et indépendante, Mehman Aliev est l’un des journalistes qui ont fondé Turan en mai 1990 plutôt que de rejoindre les médias d’Etat. L’agence, qui publie ses dépêches en trois langues, s’est imposée comme une référence grâce au professionnalisme de ses journalistes, n’hésitant pas à couvrir les sujets les plus sensibles dans un pays placé sous le joug du “prédateur de la liberté de la presse” Ilham Aliev. Ce qui a valu à Turan d’être nominée au Prix RSF pour la liberté de la presse en 2014.


Les autorités azerbaïdjanaises ont tout fait ces dernières années pour annihiler le pluralisme médiatique. Sous asphyxie financière, le quotidien Zerkalo a été contraint de suspendre sa publication en mai 2014. Le bureau à Bakou de Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL) a été fermé manu militari fin 2014. Le dernier journal d’opposition, Azadlig, a été contraint d’interrompre son tirage papier en septembre 2016. Ses dirigeants ont été contraints à l’exil et son directeur financier, Faïg Amirov, a été condamné fin juillet à trois ans et trois mois de prison dans une affaire montée de toutes pièces. Les principaux sites d’information indépendants sont tous bloqués dans le pays.


L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 au Classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2017.