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11 mars 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Erythrée


Alors que les dictatures arabes sont traversées par des mouvements de contestation, le régime brutal et répressif d’Asmara compte bien endiguer toute tentative de déstabilisation. Il continue de tenir sa population à l’écart du Web, en employant diverses tactiques : barrières techniques et intimidation des internautes.
Obstacles techniques Internet représente à ce jour le seul espace d’expression libre pour les Erythréens dans ce pays dirigé d’une main de fer par le président Issaias Afeworki. La presse indépendante a été rayée de la carte en 2001. Les médias publics ne font que relayer l’idéologie ultranationaliste du régime. Les autorités font preuve de réticence quant au développement d’Internet. Sa capacité de diffusion d’informations indépendantes leur fait peur. L’Erythrée avait été le dernier pays à se connecter au Web en 2000. A ce jour, le taux de pénétration tourne autour de 3,5 %. Autant dire que la quasi-totalité de la population est exclue de l’ère digitale. L’opérateur de télécommunications EriTel, qui possède l’infrastructure du réseau, est directement contrôlé par le gouvernement. Les quatre fournisseurs d’accès que compte le pays ont obtenu une licence du ministère de l’Information et louent à EriTel sa bande passante. Dès lors, la surveillance du Réseau est chose aisée. Le gouvernement maintient volontairement la vitesse de la bande passante à un faible niveau. Un obstacle technique important pour la connexion qui explique aujourd’hui que le chat, plutôt que l’email, dont l’envoi peut prendre du temps, est le moyen de communication le plus populaire. Yahoo Messenger et la fonction Chat de Facebook sont très utilisés dans les cybercafés où la vitesse de connexion est particulièrement lente. Les Erythréens se connectent au Web dans leur immense majorité depuis des cybercafés. Ils ne peuvent accéder à Internet via leurs téléphones portables. Pour bénéficier d’un accès privé, ils doivent obtenir une autorisation spéciale de la part de l’administration. Son coût est très élevé. Intimidation des net-citoyens : arrestations, blocages et surveillance Si le gouvernement n’a pas mis en place de filtrage automatique d’Internet, il n’hésite pas en revanche à ordonner le blocage de plusieurs sites de la diaspora, critiques à l’égard du gouvernement. L’accès à ces sites est bloqué par deux des fournisseurs d’accès, Erson et Ewan, tout comme les sites à caractère pornographique et le site de partage vidéos YouTube. Ce dernier prendrait trop de bande passante. Parfois la surveillance et l’autocensure suffisent. Les deux autres fournisseurs d’accès, Eritel et Tifanus ne bloquent pas les sites de l’opposition tout en sachant que l’immense majorité des internautes n’oserait jamais les consulter ouvertement par peur d’être arrêtés et emprisonnés. Les rares net-citoyens et webmasters qui ont le courage de créer ou de collaborer à un site indépendant font l’objet de menaces et sont étroitement surveillés. Les interceptions d’emails de personnes considérées par les autorités comme « suspectes » est chose courante. La quarantaine de cafés Internet, en service principalement à Asmara et dans deux ou trois autres villes du pays, est soumise à une forte et constante surveillance qui s’intensifie en période de troubles ou lorsque des informations compromettantes pour le régime circulent à l’étranger. Deux cybercafés au moins auraient été fermés en 2010 et leurs propriétaires arrêtés. La raison officielle : ils étaient utilisés pour diffuser des images pornographiques à l’attention des jeunes. Plusieurs internautes et blogueurs auraient été arrêtés dans des cybercafés, notamment à Asmara, en janvier 2011. Ces interpellations ont un effet dissuasif sur les autres internautes. Propagande et cyberattaques Ces dernières années, le gouvernement a mené dans les médias traditionnels – qu’il contrôle totalement – une campagne de dénigrement d’Internet , accusé d’être dédié à la pornographie et à la guerre médiatique, de remettre en cause les valeurs culturelles du pays et de poser des problèmes de sécurité. Pourtant, le régime utilise aussi Internet comme outil de diffusion de sa propagande. Les deux sites officiels, Shabait.com et Shaebia.com, appartenant respectivement au ministère de l’Information et au parti unique, le Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ), diffusent uniquement les messages des autorités. Des séances de chat online sont organisées pour défendre les vues du gouvernement. Des sites hébergés en Europe ou aux Etats-Unis relaient ses prises de position. Parmi eux : meadna.com, eastafro.com, ertra.com, alenalki.com, biddho.com. La thématique est souvent belliqueuse, nationaliste, anti-occidentale et très agressive envers les critiques du régime. Des cyberattaques sont régulièrement lancées contre des sites basés à l’étranger, dirigés par des dissidents, comme asmarino.com, assenna.com et awate.com. Le gouvernement et ses partisans seraient derrière ces attaques. En réaction aux révolutions arabes Le régime s’inquiète des soulèvements populaires qui ont traversé le monde arabe, et en particulier la Tunisie et l’Egypte, fin 2010 et début 2011. Ces nouvelles ont été maintenues sous silence par les médias d’Etat, alors que les Erythréens se tournent de plus en plus vers la télévision via satellite et les radios internationales pour s’informer. Le bureau de la Sécurité nationale étudierait la possibilité de contrôler l’accès de la population aux télévisions par satellite. Dans ce contexte, le lancement de la télévision Channel 2, spécialisée dans le sport et le divertissement, et accessible sur les ondes hertziennes, pourrait être vu comme un préliminaire à l’interdiction progressive des paraboles, sous prétexte que le suivi des événements sportifs et de divertissement ne nécessite plus un accès satellite. Le régime se tient prêt, en cas de trouble, à couper le pays d’Internet, comme l’a récemment fait l’Egypte. Les internautes, dans un pays aussi verrouillé et répressif, ne sont pas organisés comme les net-citoyens égyptiens ou tunisiens, noyaux de la société civile dans leurs pays. La majorité des actions de mobilisation en ligne sont, pour le moment, lancées depuis l’étranger.