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18 février 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Enquête Ergenekon : trois journalistes en ligne incarcérés


Reporters sans frontières s’inquiète de l’inculpation et du placement en détention de trois journalistes du site Internet odatv.com, dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 février, décidés par la 12e chambre de la cour d’Assises d’Istanbul.

Les journalistes sont poursuivis pour « incitation à la haine et à l’hostilité par voie de presse », « appartenance à l’organisation terroriste Ergenekon » et « obtention et publication de documents relevant du secret d’Etat ». Ils risquent plus de 20 ans de prison.

Le bureau du site web Oda TV à Istanbul avait été perquisitionné, le 14 février 2011, par les policiers de la section anti-terroriste d’Istanbul, sur ordre du procureur Zekeriya Öz, en charge de l’enquête sur Ergenekon, un réseau clandestin d’influence kémaliste. L’organisation est accusée de complot terroriste contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et fait l’objet d’un procès qui s’est ouvert en octobre 2008.

Le domicile du propriétaire du site web, Soner Yalçin, celui du directeur de la publication, Baris Pehlivan, et du chroniqueur Baris Terkoglu, avaient également été fouillés par la police le 14 février. Les trois journalistes ainsi que l’éditeur Ayhan Bozkurt avaient été interpellés. Ce dernier a été relâché hier.

Oda TV avait mis en cause des aspects de la procédure judiciaire dans le cadre de l’enquête et du procès Ergenekon. Le directeur de publication du site, Baris Pelhivan, avait déjà été poursuivi pour « incitation à la haine et à l’hostilité » en novembre 2008, après avoir invité, sur le plateau de CNN Türk, l’auteur d’un livre sur la torture (voir le communiqué). Il avait été acquitté.

Lors d’une émission consacrée par la chaîne aux dernières perquisitions, le président du barreau d’Istanbul, Ümit Kocasakal, a relevé que le mandat d’arrêt ne mentionnait pas que les lieux perquisitionnés appartenaient à des journalistes. Ceci constituerait un vice de procédure au regard du droit turc.

Reporters sans frontières exhorte les autorités judiciaires à procéder aux enquêtes dans un strict respect du droit. L’organisation rappelle que les journalistes doivent bénéficier d’une liberté d’expression et d’information totales, même sur des sujets sensibles comme peut l’être l’enquête Ergenekon. La justice doit respecter le secret de leurs sources afin qu’ils contribuent à une information libre et indépendante dans leur pays.

La Turquie est à la 138e place sur 178 pays du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.