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18 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Encore un journaliste condamné à une lourde peine de prison


Reporters sans frontières dénonce fermement la condamnation de Tofig Yagublu à cinq ans d'emprisonnement, prononcée le 17 mars 2014 par un tribunal de Cheki (Nord). Le journaliste comparaissait avec dix-sept autres prévenus, dont le chef du mouvement d'opposition REAL Ilgar Mammadov. Tous les accusés ont été reconnus coupables d'« organisation d'émeutes de masse » (article 220.1 du code pénal) et d'« usage de la violence contre des officiers de police » (article 315.2).

« Après plus d'un an de détention provisoire, la condamnation de Tofig Yagublu relève de la répression politique pure. Aucun élément de preuve convaincant n'a été présenté au cours de ce procès qui n'a cessé de fouler aux pieds les droits de la défense. Il est consternant qu'une justice aussi partiale et expéditive puisse être rendue dans un Etat qui va bientôt prendre la présidence tournante du Conseil de l'Europe. Ce verdict doit impérativement être révisé en appel et toutes les charges retenues contre Tofig Yagublu doivent être levées », déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'est et Asie centrale de Reporters sans frontières.

Le tribunal municipal de Cheki considère que Tofig Yagublu a incité la population à se soulever à Ismaïlli, où des manifestations exigeant la démission du gouverneur avaient dégénéré en émeutes en janvier 2013. Comme en attestent des enregistrements vidéo, le journaliste n'était pourtant arrivé sur les lieux qu'au second jour des affrontements, alors qu'ils étaient sur le point de s'éteindre.

Tofig Yagublu et Ilgar Mammadov ont été arrêtés le 4 février 2013. Tout au long du procès, ils n'ont eu de cesse d'expliquer qu'ils s'étaient rendus sur place pour collecter des informations de première main et mieux comprendre les origines des troubles. L'instruction a été jalonnée de pressions contre les témoins et les avocats de la défense. De nombreux témoins à charge ont déclaré que leurs dépositions initiales avaient été recueillies sous pression. D'autres ont été incapables d'identifier les émeutiers parmi les prévenus.

Chroniqueur pour les journaux Yeni Musavat, Azadlig et Bizim Yol, Tofig Yagublu est également vice-président du parti d'opposition Musavat. Il est connu pour ses articles critiques du pouvoir et ses enquêtes sur des affaires criminelles et de corruption. En 2009, il avait signé une enquête qui avait fait grand bruit, en démontrant que le parquet général avait donné de fausses explications sur une fusillade à l'Académie du pétrole de Bakou, qui avait coûté la vie à douze personnes.

La répression à l'encontre des acteurs de l'information ne cesse de se renforcer en Azerbaïdjan, placé 160e sur 180 pays dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Alors que se multiplient les arrestations de journalistes et de blogueurs, les derniers médias indépendants sont proches de l'asphyxie, menaçant l'existence même du pluralisme médiatique dans le pays.

(Photo: Contact.az)