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10 octobre 2019

Elections législatives en Pologne : en matière de liberté de la presse, il faut s’attendre au PiS

Le parti conservateur Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne est crédité d'une confortable victoire aux élections du 13 octobre prochain qui verront 30 millions de Polonais renouveler les membres des deux chambres du Parlement. Or depuis son arrivée au pouvoir, le PiS a multiplié les attaques contre les médias entraînant un recul du pays de 30 places en quatre ans dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.

Tandis que la Pologne fait les gros titres de la presse internationale depuis quatre ans, le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) inquiète les sphères politiques européennes. En cause : le nombre incalculable de mesures adoptées ou annoncées qui sapent les normes partagées par les États membres notamment en matière de médias et qui a amené la commission européenne à déclencher pour la première fois de son histoire l’article 7 du traité de l’UE pour "violation grave" des valeurs fondamentales en décembre 2017, après six mois de mise en garde.

Rien ne semble en effet arrêter le gouvernement conservateur  dans sa détermination à “refonder la Pologne” et à repoloniser les médias” déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone UE-Balkans de RSF. La liberté de la presse est en effet l'une des principales victimes de cette politique et il faut s’inquiéter de voir le parti conservateur renforcer sa politique répressive tous azimuts contre les médias.”

Dès janvier 2016, les médias publics ont officiellement été rebaptisés “médias nationaux” et transformés en outils de propagande pro-gouvernementale où il y est fait l’éloge en continu du parti au pouvoir. Les dirigeants de ces médias ne tolérant aucune critique, plus de 250 journalistes ont quitté l’audiovisuel public au cours des deux années qui ont suivi cette refonte.

Simultanément, les pressions contre les médias indépendants se sont intensifiées et s’apparentent désormais à un véritable harcèlement judiciaire. RSF s’était élevée dès 2017 contre le caractère sans précédent d’une plainte qui faisait encourir une peine de trois ans de prison à un journaliste d’investigation, accusé de terrorisme pour avoir publié un livre d'enquête sur le ministre de la défense de l’époque. Des journalistes du quotidien indépendant Gazeta Wyborcza, la bête noire du gouvernement, ont été menacés de poursuites pour diffamation -qui en vertu du code pénal polonais fait peser sur eux des peines d’emprisonnement- parce qu’ils refusaient de retirer des articles mettant en cause le leader du parti au pouvoir. Dans ce contexte, difficile pour les journalistes de ne pas prendre les actions du parquet comme un avertissement : s’ils abordent des sujets similaires, ils rencontreront des difficultés.

Journalistes indépendants, chaînes privées, groupes de presse détenus par des propriétaires étrangers, tous sont devenus les ennemis d’un gouvernement qui veut les éliminer pour poursuivre sa mainmise sur les institutions-clés, comme le Tribunal constitutionnel, qui permettrait de rendre quasi irrévocables les atteintes à l’Etat de droit constatées depuis quatre ans.

 

Dans un pays où le Premier ministre Mateusz Morawiecki a lui-même a déclaré que “80% des médias polonais sont aux mains des opposants politiques du PiS, qui n’ont de cesse d’attaquer le gouvernement”, l’inquiétude est grande à l’aube de ce scrutin. Le parti conservateur a d’ailleurs laissé entendre qu’il voulait adopter une loi spéciale pour les journalistes et instaurer une sélection en fonction de leur loyauté à l’égard du PiS. Alors, malgré les promesses de ne pas intenter au “principe de transparence de la profession de journaliste”, tous craignent qu’un échec des défenseurs de l’Etat de droit dimanche soit synonyme d’un ancrage durable de la Pologne dans le camp des régimes autoritaires en Europe. 

La Pologne figure au 59ème rang du Classement mondial de la liberté de la presse 2019 établi par Reporters sans Frontières.