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30 avril 2019

Elections générales en Inde : un journaliste attaqué par des militants nationalistes hindous

Des citoyennes indiennes font la queue, le 11 avril dernier, devant un bureau de vote dans le village d’Amoni, à 150 km de Guwahati, la capitale de l’Assam, en Inde du Nord-Est (photo : Biju Boro / AFP).
Un reporter qui couvrait le déroulement des élections législatives dans l’Etat de l’Assam, dans le Nord-Est de l’Inde, a fait l’objet de violences de la part de militants du parti au pouvoir. Alors que deux autres journalistes de la région ont subi des attaques similaires en à peine deux jours, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités à mieux assurer la sécurité des professionnels des médias.

C’est un effroyable guet-apens qui a été tendu au reporter Rajen Deka. Au soir du jeudi 25 avril, alors qu’il rentrait à son domicile, le journaliste du Dainik Asom, l’un des principaux quotidiens de l’Etat de l’Assam a été attaqué à l’arme blanche par plusieurs personnes. Blessé à la tête, à la poitrine et au bras, il a dû être transférer à l’hôpital.


Selon son rédacteur en chef, Munin Bayon, cité par le site Scroll.in, Rajen Deka avait été l’objet, plus tôt ce jour-là, d’une violente campagne sur les réseaux sociaux “appelant à lui donner une bonne leçon”. L’objet de cette expédition punitive : la publication, le matin même, d’un court article du journaliste relatant des affrontements intervenus la veille, aux abords d’un bureau de vote, entre des militants du Bharatiya Janaya Party (BJP) et du Parti du Congrès (INC), les deux principaux partis politiques nationaux en lice pour les élections générales qui se déroulent actuellement en Inde.


Complaisance ?


Selon Rajen Deka, ses assaillants, au nombre de six ou sept, sont “d’une façon ou d’une autre liés au BJP”. Le journaliste a d’ailleurs identifié au moins deux d’entre eux. Une version qui diffère de l’interprétation avancée par la police du district de Nalbari, où l’attaque a eu lieu : d’après elle, seul un assaillant aurait attaqué le reporter, et aucun lien ne pourrait être établi avec des membres du BJP. Cinq jours après les faits, aucun suspect n’a été arrêté.


“Nous appelons les plus hautes autorités de l’Assam, à commencer par le chef de l’exécutif Sarbanada Sonowal, éminent membre du BJP, à tout faire pour qu’une enquête indépendante permette d’identifier les responsables de cette attaque, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Toute complaisance des forces de sécurité envers ceux qui veulent empêcher les reporters de couvrir le scrutin serait intolérable. Il convient également de prendre des mesures urgentes pour assurer la sécurité des journalistes, en particulier durant cette période d’élections, où le rôle de la presse est absolument crucial.”


Trois attaques en deux jours


Au total, trois reporters ont été attaqués dans le seul Etat de l’Assam en à peine 48 heures. Le même soir de l’assaut qui a visé Rajen Deka, la journaliste Upasana Barua Goswami, de la chaîne News18 Assam-North East, a été la cible de violences perpétrées par quatre individus dans un restaurant du district de Tinsukia. S’ils ont été arrêtés, le mobile n’a pas encore été établi.


Deux jours plus tard, à 180 km de là, dans le district de Jorhat, Rajiv Borah, qui dirige à E-media et collabore à la chaîne régionale DY365, a été battu par cinq individus, dont un seul a été interpellé. La police n’a pas communiqué de mobile non plus.


Les journalistes assamais font l’objet de pressions grandissantes depuis plusieurs mois, plus particulièrement ceux qui couvrent la polémique née d’un projet de loi sur la citoyenneté qui vise à exclure les ressortissants musulmans. Il y a deux semaines, le ministère indien de l’Intérieur a envoyé une directive au gouvernement de l’Assam pour qu’il “prenne toutes les mesures nécessaires” contre un journal, un site d’information et trois chaînes de télévision de la région qui ont eu l’outrecuidance de couvrir les manifestations hostiles à cette législation.


Cette directive gouvernementale fait suite à une plainte déposée par une organisation affiliée à la Rastriya Swayamsevak Sangh (RSS), l’aile paramilitaire de la droite nationaliste hindoue, proche du BJP. Les journalistes Nitumoni Saikia, du quotidien Asomiya Pratidin, Manjit Mahanta, du site d’information Inside NE, Ajit Bhuyan, de la chaîne Pratidin Time, et Afrida Hussain, de la chaîne Prag News, sont nommément visés par l’ordonnance ministérielle.


En chute de deux places, l’Inde occupe la 140ème position sur 180 pays dans le Classement mondiale de la liberté de la presse que RSF vient de publier.