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10 juin 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Elections au Mexique : un scrutin entâché de violence à l’encontre de journalistes


Les élections du 7 juin dernier au Mexique ont été marquées par des actes de violence qui n’ont pas épargné les journalistes. Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités mexicaines à enquêter afin de ne pas laisser ces exactions impunies.
Le 7 juin 2015, le portail numérique Radiover a dénoncé l'agression de deux de ses journalistes à Xalapa, dans le Veracruz. Le média a rapporté qu’Elena Anell et José Francisco García Reyes tentaient de documenter l'achat de votes par les membres du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) quand ils ont été attaqués. Des inconnus munis d’un pistolet ont brisé leur pare-brise, saisi leur équipement, téléphones portables, effets personnels et papiers d’identité. Sur le réseau #RompeElMiedo, l’organisation Article 19 a recensé 27 agressions à l’encontre de journalistes le jour du scrutin comprenant vol de matériel, demande illégitime de suppression de photos, menaces, agressions physiques et piratage de deux portails d’information. Le réseau #periodistas en riesgo en a comptabilisé sept. Marquée par l’assassinat de quatre candidats et de graves affrontements, principalement dans les Etats d’Oaxaca, du Guerrero et du Chiapas, la campagne avait également été émaillée d’attaques contre les professionnels de l’information, notamment de la part de membres de partis politiques. “Exposer la corruption ou la malversation de partis politiques est devenu un acte de bravoure au Mexique. Les journalistes qui s’y attellent ne risquent pas seulement de se voir refuser l’accès à l’information, mais se retrouvent exposés à des manoeuvres d’intimidation, des menaces, voire des agressions. Tous les coups semblent permis dans un pays où existe une choquante collusion entre le crime organisé et les autorités et où la justice est aux abonnés absents, déclare Claire San Filippo, responsable du bureau Amériques de l’organisation. Nous appelons les autorités mexicaines à mener, dans les meilleurs délais, des enquêtes pour condamner les responsables et à fournir une protection adaptée aux journalistes menacés”. Le 4 juin, dans la ville de Colima (dans l'Etat du même nom), un groupe de brigades du Parti d'action nationale (PAN) ont agressé les journalistes Elizabeth Ibal Rocha d’El Occidental et Fabiola Rosales du Sol de México et tenté de saisir leur matériel. Les deux femmes ont expliqué à des médiaux locaux qu’elles essayaient d'obtenir des témoignages sur la circulation des motos exhibant de la propagande politique. Un correspondant du journal Reforma, publié à Mexico City, qui souhaite conserver l’anonymat, a rapporté à RSF avoir été passé à tabac dans la nuit du 29 mai. Des membres de l'équipe de campagne du candidat du PAN à la mairie d’Huixquilucan (dans l’État de Mexico) l’ont frappé, lui ont dérobé ses téléphones et exigé qu’il efface les photos du candidat. La Reforma signale qu’une enquête a été ouverte devant le procureur spécial pour l’attention des crimes commis contre la liberté d’expression. D’autres journalistes souhaitant conserver l’anonymat pour des raisons de sécurité ont relaté à RSF leurs agressions. Le 30 mai, une journaliste a été abusée sexuellement au Veracruz alors qu’elle couvrait la fin de la campagne du candidat Erick Lagos. A ce stade, il est impossible de dire si cette agression était ou non en lien avec son activité journalistique. RSF a également appris qu’une semaine auparavant, une autre journaliste de Veracruz avait été menacée en raison de ses articles relatifs à un candidat à la députation du PRI. Elle a cessé de publier sur le sujet pour ne pas se mettre en danger. Pays le plus meurtrier des Amériques en 2014 avec trois journalistes tués en relation évidente avec leur activité professionnelle et une net-citoyenne assassinée, le Mexique se situe à la 148e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, publié en février 2015.