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3 janvier 2017

Dispersion d’une manifestation de journalistes en Irak: 4 blessés

© AFP
Venus soutenir la journaliste Afrah Shawqi disparue depuis une semaine après avoir été enlevée à son domicile, des manifestants ont été violemment frappés et dispersés par les forces de l’ordre. RSF condamne fermement ces violences et rappelle l’urgence à faire toute la lumière sur l’enlèvement de la journaliste.

Venus soutenir la journaliste Afrah Shawqi enlevée à son domicile, il y a une semaine, des manifestants ont été violemment frappés et dispersés par les forces de l’ordre. Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces violences et rappelle l’urgence à faire toute la lumière sur l’enlèvement de la journaliste.


Au moment même où le président français François Hollande était en visite officielle dans la capitale irakienne, les forces de sécurité ont violemment dispersé une manifestation de soutien en faveur de la journaliste Afrah Shawqi. Des policiers ont tiré en l’air et quatre manifestants ont été frappés à coups de crosse de kalachnikov, d’après Qais Qasim, un des journalistes qui participait au rassemblement. Un des manifestants a été hospitalisé dans un état critique.


Environ 200 personnes s’étaient réunies ce lundi 2 janvier 2017 près de l’entrée principale de la zone verte pour réclamer des avancées dans l’enquête sur l’enlèvement d’Afrah Shawqi. Malgré les promesses du Premier ministre irakien Haïder al-Abadi de "faire le maximum pour la protéger, la retrouver et mettre la main sur le ou les groupes responsables", la famille et les proches de la journaliste étaient toujours sans nouvelle d’elle une semaine après sa disparition.


Depuis l’annonce de l’enlèvement d’Afrah Shawqi, ses collègues se réunissent tous les matins vers 10H00, place Tahrir, dans le centre de Badgad. Lundi 2 janvier, les manifestants avaient décidé de se rapprocher du siège du gouvernement pour mieux faire entendre leurs revendications. Ils se sont retrouvés près du pont suspendu du 14 juillet, sur l’itinéraire habituellement emprunté par les différents convois officiels et visiblement au moment où le président Hollande devait se rendre au palais présidentiel.


Des membres des forces de l’ordre ont demandé aux manifestants de retourner sur la place Tahrir, où les rassemblements sont généralement tolérés, a précisé le journaliste Qais Qasim. Certains manifestants ont refusé de partir. Les policiers ont alors tiré en l'air pour les disperser. Plusieurs journalistes ont également été frappés et menacés d’arrestation, a confirmé l’Observatoire irakien de la liberté de la presse (JFO, Journalistic Freedoms Observatory).


Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces violences. “L’Irak est déjà l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes ; le devoir des forces de l’ordre est de protéger les journalistes au lieu d’être une menace supplémentaire pour eux”, déplore Christophe Deloire. Le secrétaire général de Reporters sans frontières rappelle par ailleurs l’urgence à faire toute la lumière sur l’enlèvement d’Afrah Shawqi et invite le Premier ministre irakien à tenir ses engagements à tout mettre en oeuvre pour retrouver la journaliste ainsi que les auteurs de son enlèvement”.


Dans la soirée du 26 décembre 2016, huit hommes armés et habillés en civil ont fait irruption au domicile d’Afrah Shawqi en prétendant appartenir aux forces de sécurité pour entrer et fouiller sa maison. Les ravisseurs ont dérobé des téléphones portables, des ordinateurs, des bijoux et de l'argent liquide avant d’emmener Afrah Shawqi vers un lieu inconnu et de prendre la fuite en volant également sa voiture.


“Afrah Shawqi est une journaliste reconnue pour son professionnalisme, rappelle Saad al-Massoudi, le correspondant d’Al Arabiya à Paris. Ses articles dénoncent régulièrement les dysfonctionnements de la société irakienne et la corruption. Elle ne craint pas de traiter des sujets sensibles qui préoccupent les Irakiens.” Afrah Shawqi collabore avec de nombreux journaux et des sites internet comme Aklaam ("Les stylos", en arabe). C’est sur ce site qu’elle avait publié le jour de son enlèvement, un article dans lequel elle dénonçait l’impunité des groupes armés dans le pays.


Sept journalistes ont été tués en Irak en 2016, selon le dernier bilan publié par Reporters sans frontières. L’Irak figure également à la 158e place (sur 180) du Classement 2016 sur la liberté de la presse établi par RSF.