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11 juin 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Deux mois après la présidentielle, la tension médiatique perdure


Près de deux mois après l’élection de Nicolás Maduro à la présidence de la République le 14 avril 2013, la situation de la liberté de l’information demeure particulièrement tendue au Venezuela. Mise en péril du pluralisme Le 6 juin 2013, le journaliste Leocenis García, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Sexto Poder, a entamé une grève de la faim devant le siège de la Conatel (Commission nationale des télécommunications), à Carabobo, afin de protester contre la suspension de la chaîne privée Atel TV, à Maracaibo (Zulia), le 21 mai dernier (voir vidéo ci-dessous). Cette suspension aurait été décidée suite à des pressions exercées par la Conatel, démenties toutefois par cette dernière. Sexto Poder avait entamé des discussions plusieurs mois auparavant afin de racheter ce média, "pour le transformer en une chaine d’informations indépendante". Face à la décision de suspendre la chaîne, ruinant ainsi tout espoir de rachat par l’hebdomadaire de Leocenis García, celui-ci a décidé d’entamer une grève de la faim afin de défendre "le droit d’informer librement, sans pression". Il a toutefois été arrêté par des agents de la Garde nationale bolivarienne alors qu’il se trouvait devant l’édifice de la Conatel, avant d’être présenté le 7 juin au Palais de justice de Caracas. Remis en liberté dans la soirée, il a continué sa grève de la faim devant un bâtiment de l’Organisation des Etats Américains (OEA), dans la capitale. Le geste de Leocenis García est emblématique des tensions agitant le paysage médiatique du pays, dont le pluralisme – déjà relatif – est mis à mal. La chaîne privée Ciudad TV a également été fermée le 23 mai 2013, à Ciudad Ojeda (Zulia), officiellement pour des raisons d’ordre administratif, une version rejetée par le Collège national des journalistes (CNP). Le changement de propriétaires de Globovisión, principal média de l’opposition du pays, le 13 mai 2013, a quant à lui entraîné le départ de plusieurs responsables et journalistes. Le 25 mai, Francisco Bautista, présentateur du programme “Buenas Noches”, a ainsi été licencié après avoir diffusé la veille des extraits d’un discours de Henrique Capriles, principal opposant au gouvernement. Restrictions dans l’accès à l’information Depuis deux mois, de nombreuses restrictions dans l’accès à l’information ont été recensées, en particulier à l’Assemblée nationale. Début mai, Ricardo Durán, directeur de la communication de la chambre, a ordonné de restreindre la libre circulation des journalistes dans l’enceinte parlementaire. Les règles ne semblent toutefois pas être appliquées de la même manière selon les médias dans lesquels travaillent les journalistes. Le 14 mai dernier, Jeanelie Briceño, de Globovisión, n’a pas pu accéder à l’Assemblée où se tenait une conférence de presse d’un député de l’opposition, de même que d’autres journalistes de médias privés. Outre les restrictions constatées à l’Assemblée nationale, la journaliste Faviana García et le photographe José Nava, du quotidien privé La Verdad, ont été empêchés par des fonctionnaires d’accéder à une conférence de presse organisée par le ministère de l’Environnement, à laquelle ils avaient pourtant été conviés, le 3 juin 2013, à Maracaibo (Zulia). Attaques multiples Plus grave encore, les attaques à l’encontre des médias se sont multipliées ces dernières semaines. Le 27 mai 2013, un explosif a été lancé devant le siège du quotidien privé Panorama, à Maracaibo (Zulia), sans conséquences toutefois. A Ciudad Ojeda (Zulia), le 15 mai dernier, des inconnus ont tenté de brûler un véhicule de Ciudad TV – dont le directeur Helí Romero était menacé depuis des mois – occasionnant quelques dommages mineurs. Ces attaques s’ajoutent à celles dont ont été victimes de nombreux journalistes, notamment lors des débordements du mois d’avril qui avaient suivi l’élection à la présidence du pays de Nicolás Maduro. Ce dernier a par ailleurs réitéré les attaques de son prédécesseur à l’encontre des médias privés – nationaux et internationaux – accusés de "déstabiliser le pays". "Ce climat est préjudiciable à la liberté d’information, ainsi qu’à l’ensemble de la société vénézuélienne, déjà fortement polarisée. Un dialogue entre les autorités politiques et les médias semble plus que jamais nécessaire, afin de désamorcer les tensions. A ce titre, nous saluons la rencontre organisée par l’exécutif avec différents médias privés, les 21 et 22 mai 2013, et appelons les autorités à réitérer ce type de réunion", a déclaré Reporters sans frontières.