Actualités

3 mai 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Deux journalistes qui refusent de dévoiler leurs sources risquent la prison


Dans une lettre adressée au juge anglais Mark Saville, qui préside le tribunal d'enquête basé à Londonderry (Irlande du Nord) chargé d'établir la vérité sur le drame du "Bloody Sunday" en 1972, Reporters sans frontières (RSF) s'est élevée contre les pressions exercées sur les deux journalistes ayant refusé, le 2 mai 2002, de dévoiler l'identité des soldats britanniques qu'ils avaient interviewés en 1997 sous couvert de l'anonymat. "Vos menaces à l'encontre des deux journalistes sont une violation flagrante et inadmissible du droit à la protection des sources journalistiques. Nous vous rappelons que le droit pour les journalistes de ne pas révéler leurs sources est une des conditions essentielles à la liberté de la presse, et que les Etats démocratiques respectent ce droit. Nous vous rappelons également que le Conseil de l'Europe et la Cour européenne des droits de l'homme veillent au respect de ce principe par les Etats membres. La recherche de la vérité ne vous autorise pas à le mettre en cause", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. "Nous vous demandons de revenir sur vos menaces à l'encontre des deux journalistes et d'exclure toute sanction à leur encontre", a ajouté M. Ménard. D'après les informations recueillies par RSF, les journalistes Lena Ferguson et Alex Thomson, ont été mis en demeure de révéler les noms des militaires britanniques qu'ils avaient interviewés en 1997 sous couvert de l'anonymat, faute de quoi ils seront traduits devant la Haute Cour de Belfast pour outrage au tribunal. Le juge anglais Mark Saville, qui préside le tribunal d'enquête basé à Londonderry (Irlande du Nord) chargé d'établir la vérité sur le drame du "Bloody Sunday" en 1972, a donné "quatorze jours" aux deux journalistes "pour changer d'avis", après qu'ils avaient refusé de révéler les noms des soldats lors de leur comparution devant le tribunal, le 2 mai 2002. Les deux journalistes avaient interviewé quatre soldats britanniques, en 1997, dans le cadre d'un documentaire de la chaîne de télévision Channel 4, sur le drame du "Bloody Sunday", le 30 janvier 1972. Ce jour-là, quatorze civils avaient été abattus à Londonderry lorsque des parachutistes britanniques avaient ouvert le feu sur une manifestation pour les droits civiques des catholiques. Lena Ferguson, aujourd'hui rédactrice en chef de la BBC d'Irlande du Nord, et Alex Thomson, présentateur de la chaîne Channel 4, ont indiqué qu'ils ne révèleront l'identité des quatre soldats "dans aucune circonstance", même s'ils devaient aller en prison.