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27 mai 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Deux journalistes menacées de peines de prison


Reporters sans frontières est vivement préoccupée par la situation des journalistes Patricia Poleo et Ibéyise Pacheco. La première, poursuivie par la justice militaire, risque jusqu'à 24 ans de prison. La seconde a été condamnée en première instance à neuf mois de prison pour "diffamation". "Dans le cas de Patricia Poleo, nous nous inquiétons de ce que les poursuites émanent d'une juridiction militaire. Quand bien même les informations données par la journaliste seraient fausses, les poursuites doivent être menées devant une juridiction civile", a expliqué Reporters sans frontières. Dans le cas d'Ibéyise Pacheco, l'organisation a rappelé qu'"en aucun cas, le délit de diffamation ne peut être sanctionné par une peine de prison". Elle a demandé qu'aucune peine de prison ne soit prononcée en appel contre la journaliste. Reporters sans frontières souligne que dans un texte adopté en janvier 2000, le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression des Nations unies a clairement établi que "l'emprisonnement en tant que condamnation de l'expression pacifique d'une opinion constitue une violation grave des droits de l'homme." Le 28 mai 2004, Patricia Poleo doit être entendue par la justice militaire pour présenter sa défense. La journaliste, connue pour ses critiques virulentes du président Chávez, a été inculpée le 22 mars dernier par la justice militaire pour "incitation à la rébellion et diffamation envers les forces armées". Elle risque jusqu'à 24 ans de prison. Initialement prévue le 11 mai, la première audition au cours de laquelle la journaliste devait présenter sa défense avait été annulée et reportée au 28 mai. Le procureur militaire, Esaúl Olivar Linares, a demandé que Patricia Poleo soit incarcérée au terme de sa déposition, au motif qu'elle pourrait prendre la fuite. La journaliste est poursuivie pour avoir diffusé en 2003 sur la chaîne Venevisión un reportage présentant des individus, selon elle des militaires cubains, dans le quartier général du 6e Commando régional (CORE 6) de la garde nationale, situé à San Fernando de Apure, au sud-ouest du Venezuela. Pour Patricio Poleo, par ailleurs directrice du tabloïd El Nuevo Pais, le changement de la date de son audition n'est pas innocent. Le 28 mai correspond au premier des trois jours donnés à l'opposition par le Conseil national électoral (CNE) pour valider plusieurs centaines de milliers de signatures nécessaires à la convocation d'un référendum sur le départ du président Hugo Chávez. Selon l'avocat de la journaliste, Winston Oráa, les conditions d'exception requises pour qu'un civil soit jugé par un tribunal militaire ne sont pas remplies dans le cas de Patricia Poleo. Il estime que la menace d'emprisonnement témoigne de la volonté de faire taire sa cliente. Par ailleurs, le 25 mai 2004, la 11e chambre du tribunal pénal de Caracas a condamné Ibéyise Pacheco à une peine de neuf mois de prison pour diffamation "continue et aggravée". Le verdict stipule également que le quotidien El Nacional doit publier le jugement et met les frais de justice à la charge de la journaliste. Dans sa rubrique politique hebdomadaire "En privé", Ibéyise Pacheco avait publié, le 15 juin 2001, un article accusant le colonel Angel Alberto Bellorín d'avoir falsifié une note d'examen, à l'époque où il poursuivait des études de droit. Elle avait également dénoncé, en février 2002, l'obtention irrégulière de diverses promotions par le militaire. L'édition du 22 juin 2001 publiait un droit de réponse. Le colonel ne s'estime cependant pas satisfait et souhaite que la journaliste admette que les informations divulguées étaient fausses. Ibéyise Pacheco est connue pour ses critiques du président Hugo Chávez. Selon elle, la décision du tribunal est un élément de la campagne d'intimidation menée par le gouvernement contre les promoteurs du référendum sur le départ du président Hugo Chávez. La journaliste a fait appel de la décision du tribunal. Elle reste en liberté le temps du jugement en appel. Le quotidien El Universal précise que si la cour d'appel confirme la décision, la journaliste pourra, en l'absence d'antécédents judiciaires, "bénéficier d'une mesure de substitution, comme la soumission à une présentation régulière devant le tribunal" pendant la durée de la peine