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13 mai 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Deux journalistes agressés par des agents des services de renseignements militaires


Reporters sans frontières proteste après l'agression, le 10 mai, de deux journalistes du quotidien El Universal par des agents des services de renseignements militaires alors qu'ils couvraient une perquisition conduite par ces derniers. L'organisation s'est également inquiétée de la perquisition effectuée le lendemain au domicile du magnat de la presse, Gustavo Cisneros. "Nous vous demandons l'ouverture immédiate d'une enquête interne sur la base des déclarations des journalistes d'El Universal afin que les agents impliqués dans cette agression soient identifiés et sanctionnés", a déclaré Reporters sans frontières dans une lettre adressée au ministre de la Défense, Jorge Luis García Carneiro. "Le matériel confisqué doit par ailleurs être restitué dans les meilleurs délais au journal", a précisé l'organisation. "Nous sommes également inquiets après la perquisition effectuée au domicile de Gustavo Cisneros, propriétaire du groupe de presse Grupo Cisneros, par ailleurs récemment qualifié d'"ennemi du peuple" par le président Hugo Chávez. Nous souhaiterions connaître les éléments qui ont conduit à mener cette opération afin de nous assurer qu'il ne s'agit pas d'un acte de représailles lié aux prises de position assumées par les médias contrôlés par M. Cisneros", a ajouté Reporters sans frontières. Le lundi 10 mai 2004, dans la soirée, Felix Carmona et Jorge Santos, journaliste et photographe du quotidien El Universal, et leur chauffeur Andrés Pérez Cova, ont été agressés par des agents de la Direction des services de renseignement militaires (Dirección de Inteligencia Militar, DIM) alors qu'ils s'apprêtaient à couvrir la perquisition du domicile du député Rafael Marín (Action démocratique, opposition), vers El Hatillo, secteur de Oripoto, au sud-est de Caracas. Les journalistes racontent que, sur la route, ils ont croisé une camionnette transportant une vingtaine d'agents de la DIM, sous les ordres d'un officier cagoulé qui s'est identifié comme le "commandant Manuitt". Les deux hommes ont été insultés, menacés à l'arme à feu, giflés et frappés à coups de crosse. Jorge Santos a été averti que les agents tireraient s'il osait prendre une photo. Les agresseurs leur ont ensuite confisqué leurs cartes d'identité et leur accréditation du journal. Ils ont également saisi leur magnétophone et leur appareil photographique puis s'en sont pris à leur véhicule, emportant leur système radio. Au moment de les relâcher, le "commandant Manuitt" les a menacés de mort, ainsi que leurs familles, si jamais ils révélaient l'incident. La DIM avait pourtant permis le même soir, aux journalistes, de réaliser leur reportage sans problème, lors de la perquisition du domicile de l'ex-président social-démocrate, Carlos Andrés Pérez. Ces perquisitions font partie d'une vague de raids menés dans l'est de Caracas, afin de suivre la piste des éventuels responsables de la présence d'un groupe de 86 paramilitaires colombiens capturés par la police le 9 mai au matin à El Hatillo, et venus, selon les confessions de l'un d'eux, s'entraîner pour mener des actions contre le gouvernement. Pour l'opposition, il s'agit en réalité d'une manœuvre des autorités. Dans le cadre de la même enquête, le 11 mai, des éléments de la DIM, de la Guardia Nacional (gendarmerie) et de la police judiciaire ont perquisitionné le domicile de Gustavo Cisneros, président du Grupo Cisneros, deuxième groupe latino-américain de communication qui contrôle notamment la chaîne Venevisión au Venezuela. Cette station fait partie des quatre grandes chaînes de télévision privées au Venezuela régulièrement qualifiées de "chevaliers de l'apocalypse" par le président Chávez en raison de leurs prises de position lui étant ouvertement contraires. Selon les avocats du magnat de la presse, les forces de l'ordre ont saisi un livre de comptes, des photos et des vidéos de famille. Gustavo Cisneros a nié toute implication dans la présence des paramilitaires colombiens au Venezuela.