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13 juillet 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Des utilisateurs de Twitter risquent jusqu'à onze ans de prison pour avoir critiqué le système bancaire du pays


Lors de l’audience, lundi 12 juillet 2010, du tribunal de première instance de l’Etat de Bolivar, les deux utilisateurs de Twitter arrêtés le 8 juillet dernier ont été officiellement inculpés de “diffusion de fausses nouvelles”, destinée à déstabiliser le système bancaire et à nuire à l’économie du pays, en vertu de l’article 448 de la loi sur les banques de 2001. Luis Enrique Acosta et Carmen Cecilia Nares risquent entre neuf et onze ans de prison pour avoir simplement exprimé leurs opinions en ligne. Leurs comptes Twitter sont @leaoxford et @carmennares. Jusqu’à hier, Luis Enrique Acosta avait 225 abonnés et avait posté 201 messages, alors que seulement 6 personnes suivaient Carmen Cecilia Nares, dont le nombre de tweet posté était nul. Leur influence visiblement limitée sur la Toile décribilise la thèse du gouvernement selon laquelle ces deux individus seraient engagés dans des activités destinées à saper le système bancaire national. Les deux internautes ont été placés en liberté conditionnelle dans l’attente de leur procès. Ils devront se présenter tous les quinze jours devant le tribunal. Il leur est également interdit de continuer à diffuser ce type de messages, comme le prévoit l’article 256 du code pénal. Reporters sans frontières exige l’abandon immédiat des charges qui pèsent contre eux. Par ailleurs, le harcèlement judiciaire contre le site d’informations Noticiero Digital se poursuit. Le 12 juillet 2010, les membres de sa rédaction ont dû se présenter devant le parquet général de la République à Caracas, au sujet de l’affaire Olivares. Des poursuites ont été engagées le 8 juin dernier par le parquet contre Noticiero Digital pour de présumés “atteinte à l’ordre constitutionnel” et “soutien à un coup d’État” suite à une tribune, publiée sur le site le 2 juin, et signée de Roberto Carlos Olivares. Cette dernière faisait état d’une mobilisation de “militaires à la retraite et de patriotes” avec pour objectif une “transition civico-militaire” au sommet du pouvoir à l’horizon 2011. Le 11 juin dernier, le rédacteur en chef du site, Juan Eduardo Smith, avait déjà été convoqué dans cette même affaire. Lien : http://fr.rsf.org/venezuela-nouvelle-procedure-ouverte-sur-09-06-2010,37702.html ----------------------------------------------------------------------------------- 12 Juillet 2010 Reporters sans frontières demande la libération immédiate de deux utilisateurs de Twitter, arrêtés le 8 juillet 2010 pour avoir critiqué le système bancaire vénézuélien. Les deux individus, un homme de 41 ans et une femme de 35 ans, de nationalité vénézuélienne, sont accusés de « diffusion de fausses rumeurs » sur le réseau social afin de « déstabiliser le système bancaire ». Ils risquent entre neuf et onze ans de prison, en vertu de la loi générale sur les banques de 2001. Les autorités judiciaires ont annoncé de nouvelles poursuites dans les prochains jours contre une quinzaine d’internautes pour des motifs similaires. « Après les poursuites intentées contre le site d’informations et d’opinions Noticiero Digital, accusé d’avoir publié des informations mensongères, le pouvoir s’en prend désormais à de simples internautes qui n’ont fait que s’exprimer sur Twitter. Ces mesures totalement disproportionnées confirment la stratégie du gouvernement de reprendre en main un espace jusqu’ici épargné par la censure. Les autorités traitent des utilisateurs de Twitter comme des criminels et remettent ainsi en cause Internet comme espace de liberté. Le président Chavez conserve, quant à lui, le droit d’y affirmer sa présence et ses opinions, notamment via son blog et son compte Twitter, » a déclaré l’organisation. Le 30 juin dernier, Luis Acosta Oxford (@leaoxford) a posté le message suivant sur son compte Twitter : « Mesdames et Messieurs, pour que vous ne disiez pas qu’on ne vous a pas prévenus, retirez aujourd’hui.. Il reste peu de jours, je vous le dis. » « Señores para que no digan que no se les dijo retiren hoy de... quedan pocos días, se les dijo ». La police a saisi un téléphone portable depuis lequel le tweet aurait été diffusé, ainsi que deux disques durs externes et des clés USB appartenant aux deux suspects. Ces derniers résident à plus de 580 km de Caracas, dans l’Etat de Bolivar (Sud-Est), et leurs comptes Twitter ne semblent pas avoir d’influence particulière sur la Toile. Depuis novembre 2009, plus d’une dizaine de banques ont été fermées ou bien placées sous contrôle gouvernemental. Les enquêtes sur la diffusion de rumeurs et de fausses informations sur le système bancaire ont débuté en mars 2010, lorsque la police a détecté la présence en nombre de commentaires avertissant d’un prétendu « crash financier ». Selon le directeur général du Départment des enquêtes scientifiques, pénales et criminelles, les recherches préliminaires cherchent à démontrer si les deux détenus et les quinze autres suspects sont en contact avec une organisation particulière cherchant à occasionner un crash bancaire. Le 11 juillet 2010, l’ancien vice-président José Vicente Rangel a déclaré que certains utilisateurs de Twitter au Vénézuela se consacraient à temps complet à diffuser des rumeurs. Hugo Chávez avait déclaré, le samedi 13 mars, lors d’une intervention télévisée : « Internet ne peut être un espace complètement libre, où tout se dit et tout se fait. Non, chaque pays doit imposer ses propres règles. » Un nouveau projet de loi organique sur les télécommunications, l’informatique et les services postaux a été déposé au Parlement. Il prévoirait le blocage de sites et l’établissement d’un seul point d’entrée pour tout le trafic Internet. Une telle mesure faciliterait le contrôle et la surveillance du Web.