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25 septembre 2017

Des journalistes violemment agressés à Trinité-et-Tobago

Image credit: Trinidad Guardian
Reporters sans frontières (RSF) est préoccupée suite à l’agression, vendredi 15 septembre, d’un photographe travaillant pour le journal Guardian de Trinité-et-Tobago, alors qu’il était en reportage dans la ville de Penal. RSF condamne fermement cet acte de violence envers un journaliste et appelle les autorités à poursuivre les responsables.

Le photographe du Guardian de Trinité-et-Tobago, Kristian De Silva, a été violemment agressé le 15 septembre alors qu’il réalisait un reportage avec la journaliste Sascha Wilson sur la compagnie pétrolière privée A&V Drilling.


Kristian De Silva et sa collègue, qui avaient l’intention d’interviewer Hanif Nazim Baksh, le propriétaire et PDG de A&V Drilling actuellement au cœur d’un scandale, s’étaient rendus aux abords des locaux de sa société. Kristian De Silva était dans la rue en train de photographier l’extérieur des bureaux lorsqu’il a vu une voiture foncer sur lui. Il a sauté sur le côté pour éviter le véhicule mais la voiture a de nouveau accéléré dans sa direction. Le conducteur en est ensuite sorti et a insulté Kristian De Silva, lui reprochant de se trouver sur une propriété privée. Lorsque le photographe s’est identifié comme presse, l’homme l’a alors agressé physiquement.


“Il s’est avancé vers moi en me poussant et en me bousculant, faisant tomber mes lunettes par terre”, a expliqué Kristian De Silva à RSF. “Il m’a ensuite attaqué, frappé à coup de poings et m’a éclaté la lèvre. Tout en me protégeant des coups, je me suis penché pour déposer mon appareil photo au sol. Un autre homme est alors arrivé sur le côté et m’a frappé au visage.” Ce second individu a par la suite brisé l’appareil photo et les lunettes de Kristian De Silva.


En déposant plainte au poste de police de Penal, le photographe et le journaliste ont appris que le premier agresseur n’était autre que Hanif Nazim Baksh lui-même. Le second, Billy Ramsundar, est un officier de police de la ville voisine de Siparia. Les deux hommes ont affirmé que les journalistes avaient pénétré sur la propriété privée de Hanif Nazim Baksh.


Cet incident n’est pas isolé. Le 13 septembre, les journalistes de TV6 Phil Britton et Leona Nicholson ont eux aussi été attaqués alors qu’ils travaillaient dans la même zone. Le caméraman Phil Britton filmait les bureaux de A&V Drilling depuis la voie publique lorsque des bouteilles en verre, venant vraisemblablement d’une maison appartenant à Hanif Nazim Baksh, ont été lancées sur sa voiture. L’un des vitres du véhicule a été cassée et une portière cabossée. Phil Britton et Leona Nicholson ont alerté la police.


Aussi au courant de la semaine du 13 septembre, un photographe du journal Newsday avait subi des violences physiques alors qu’il se trouvait au même endroit.


Ces attaques violentes contre des journalistes qui ne font que leur travail sont déplorables, a déclaré Margaux Ewen, directrice du plaidoyer et de la communication au bureau Amérique du Nord de RSF. Nous condamnons fermement toute tentative qui viserait à empêcher la presse de couvrir un sujet d’intérêt public, en particulier lorsque cela implique des violences physiques envers des journalistes. Nous appelons les autorités à enquêter sans attendre sur cette affaire et à faire en sorte que les responsables répondent de leurs actes.”


A&V Drilling est impliquée dans un scandale avec la compagnie pétrolière nationale de Trinité-et-Tobago, Petrotin. Selon une récente enquête interne, Hanif Nazim Baksh aurait reçu plusieurs millions de dollars de la part de Petrotin pour du pétrole qu’il n’aurait jamais fourni à cette compagnie.


Le Premier ministre de Trinité-et-Tobago, Keith Rowley, a condamné l’attaque du 15 septembre, la qualifiant de “totalement inacceptable” et indiquant que de tels incidents “ne sauraient être initiés ou encouragés par quiconque, quelle que soit les circonstances.”


Trois jours plus tard, Hanif Nazim Baksh a présenté ses excuses tout en affirmant que les journalistes avaient pénétré sur sa propriété sans permission et que la compagnie avait le droit de défendre sa propriété.


Kristian De Silva, de son côté, a dû recevoir des soins médicaux pour des blessures suite à l’attaque dont il a été victime. Il est également traité pour des troubles d’anxiété et se dit inquiet quant à sa sécurité et celle de sa famille.


Trinité-et-Tobago se situe à la 34e place sur 180 au Classement mondial sur la liberté de la presse établi par RSF en 2017.