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20 janvier 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Déferlement de violence contre les journalistes dans un climat de plus en plus liberticide


Mise à jour: Depuis la publication de ce communiqué, le chiffre des journalistes agressés en marge des affrontements les 19 et 20 janvier 2014 s'est établi à 35. ------- Reporters sans frontières condamne fermement les violentes agressions de journalistes perpétrées en marge des affrontements qui ont éclaté à Kiev, le 19 janvier 2014, entre certains manifestants et les forces de l'ordre. Alors que les violences se poursuivent, au moins 26 professionnels des médias ont pour l'heure été blessés en couvrant les événements. La plupart ont été victimes de tirs de grenades assourdissantes, de balles en caoutchouc et d'autres projectiles non létaux. Quatorze d'entre eux disent avoir été visés intentionnellement par les forces de l'ordre. « Les agressions délibérées contre les professionnels des médias sont intolérables et doivent faire l'objet d'enquêtes complètes et impartiales. Nous appelons toutes les parties au calme et au respect des acteurs de l'information. Les journalistes interpellés dans l'exercice de leurs activités professionnelles doivent immédiatement être remis en liberté », a déclaré Reporters sans frontières. « Si le gouvernement cherchait à mettre un terme à la contestation en adoptant jeudi dernier un train de lois liberticides, force est de constater qu'il a échoué. L'abrogation immédiate de ces dispositions méprisantes pour la société civile est non seulement une nécessité démocratique, mais aussi un gage d'apaisement indispensable. A défaut, les autorités donneront l'impression d'avoir délibérément opté pour la politique du pire. » Parmi les blessés, le correspondant du journal Vesti Viatcheslav Veremiya et le cameraman de Spilno.tv Ianek Falkevitch, touchés au visage par des grenades assourdissantes dans la soirée du 19 janvier, pourraient perdre un œil. Le cameraman de 5 Kanal, Ivan Nakonetchny, a été pris pour cible par un agent des forces spéciales. Il n'a été protégé que par sa caméra (voir vidéo ci-dessous). Visé délibérément à la tête par une grenade assourdissante, le photographe du journal indépendant russe Novaïa Gazeta Evgueni Feldman a le nez cassé. C'est en revanche une brique lancée par des manifestants qui a blessé à la tête le photographe freelance Roman Pilipeï. La liste complète des journalistes blessés est disponible sur le site de l'ONG ukrainienne Institute of Mass Information (IMI), partenaire de Reporters sans frontières. Trois journalistes ont été interpellés dans la matinée du 20 janvier. Le correspondant de Radio Free Europe / Radio Liberty Dmytro Barkar et son cameraman Ihor Iskhakov ont été pris à partie et interpellés par des policiers alors qu'ils filmaient les affrontements et s'approchaient de la ligne de contact. Le second a été relâché, mais le premier est toujours en détention. Le cameraman de Spilno.tv, Volodymyr Karagyaur, a été interpellé alors qu'il cherchait à acheter de l'essence pour faire fonctionner le générateur électrique de son équipe. La police l'accuse d'avoir voulu s'en procurer pour fabriquer des cocktails Molotov. Les journalistes ne sont pas à l'abri de l'extrême polarisation de la société ukrainienne. Dans la région de Donetsk (Est), des collaborateurs du site d'information Novosti Donbassa, qui couvre activement la mobilisation pro-européenne, affirment avoir reçu des menaces nombreuses et « sans ambiguïté » sur les réseaux sociaux. La représentante en Ukraine de Reporters sans frontières et directrice d'IMI, Oksana Romaniuk, a une nouvelle fois été présentée comme un « agent de l'étranger », un terme synonyme d'espion, par la chaîne de télévision d'Etat UT1 ce week-end. L'adoption le 16 janvier d'une loi restreignant drastiquement les libertés fondamentales a relancé le mouvement de contestation contre le régime de Viktor Ianoukovitch en Ukraine. Le 19 janvier, près de 200 000 manifestants ont bravé l'interdiction de manifester et se sont rassemblés sur la place de l'Indépendance à Kiev. Plusieurs centaines d'entre eux ont ensuite pris le chemin du Parlement. De violents affrontements se sont ensuivis avec la police et les forces spéciales. Les journalistes qui souhaitent couvrir les événements trouveront ici des conseils utiles pour améliorer leur sécurité. (Photo: Genya Savilov / AFP, Sergei Supinsky / AFP)