Actualités

31 mars 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Dans l'ère "post-google.cn", la censure et les attaques en ligne continuent, Yahoo! sommée de s'expliquer


Reporters sans frontières exprime son inquiétude devant les cas répétés de censure et de cyber-attaques sur la Toile chinoise. Les boîtes e-mails Yahoo! de plusieurs journalistes étrangers basés en Chine ont fait l’objet de cyber-attaques ces dernières semaines. La version chinoise du moteur de recherche Google, basée depuis le 22 mars à Hong Kong, a subi une censure intermittente ces derniers jours. La situation serait retournée à la normale depuis le 31 mars 2010 au matin. « Nous demandons à Yahoo! de faire preuve de transparence et de communiquer sur la nature et l’étendue de ces cyber-attaques. Il est essentiel que ses clients soient informés de la situation, sans quoi Yahoo! pourrait sembler couvrir les auteurs de ces attaques. S’agit-il d’attaques généralisées contre les serveurs e-mails Yahoo! basés en Chine, ou bien plus ciblées, visant les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes, comme celles qui avaient touché Google fin 2009 ? Depuis combien de temps durent-elles ? », a demandé l’organisation. « Les autorités chinoises doivent s’expliquer sur la manière dont elles combattent ce genre de cyber-attaques, totalement contraires aux lois chinoises. Il s’agit aussi d’une affaire de cybersécurité. » Reporters sans frontières suit de près la censure intermittente qui a touché google.com.hk ces derniers jours. « Il est encore trop tôt pour dire si le blocage de la version chinoise de Google était volontaire ou le résultat d’une erreur technique, s’il peut être considéré ou non comme un avertissement lancé au géant de l’Internet par les autorités chinoises et si ces dernières préparent le terrain pour la mise en place d’un blocage du site. Cette dernière option constituerait un acte de censure dommageable à la liberté d’expression. » Le 30 mars, de nombreuses requêtes sur google.com.hk ne donnaient pas de résutats, contrairement à des requêtes similaires sur Baidu. Une page d’erreur s’affichait pour des recherches aussi classiques que « China » par exemple. Ce phénomène a été observé principalement dans la région de Pékin, alors que Shanghai semblait moins touchée. Google a d’abord expliqué ce phénomène par des ajustements techniques en interne. Le code concerné, décrivant les paramètres de recherche, aurait contenu les trois lettres rfa, un terme bloqué par la « Grande Muraille éléctronique » chinoise, car lié à la radio d’information américaine Radio Free Asia (RFA), dont le site est inaccessible en Chine. Des explications finalement remises en cause au profit de la thèse d’un blocage du site par les autorités. L’accès aux services fournis par Google en téléphonie mobile serait également partiellement bloqué depuis le 28 mars. Le 22 mars dernier, Google a lancé une version chinoise non censurée de son moteur de recherche en chinois www.google.com.hk. Depuis, à l’exception des blocages de ces derniers jours, des liens traitant de sujets jugés sensibles s’affichent, mais l’accès aux pages concernées est bloqué par le Great Firewall en Chine. Les censeurs sont très mobilisés autour de « l’affaire Google ». Le Bureau de l’Information du Conseil d’Etat a publié des directives limitant la couverture de la décision de Google de fermer Google.cn et de ne plus s’autocensurer. D’après des documents obtenus par l’organisation Chinese Human Rights Defenders (CHRD), le 28 mars dernier, les directeurs de sites ont reçu les consignes d’« utiliser seulement les articles des médias officiels », de « ne pas mener d’enquête sur le sujet », mais aussi celles d’ « interdire les discussions sur le sujet de Google » et de « ne pas reprendre les communiqués et informations provenant de Google ». Les cyber-attaques, qui avaient incité Google à fermer Google.cn, n’ont pas cessé. D’après le Foreign Correspondents' Club of China (FCCC), les boîtes e-mails Yahoo! d’au moins dix journalistes étrangers basés en Chine et à Taïwan ont été attaquées ces dernières semaines. Le FCCC a reproché à Yahoo! de ne pas avoir répondu à ses questions et de ne pas avoir expliqué aux usagers concernés ce qui s’était passé. Des accusations relayées par Clifford Coonan, journaliste pour The Irish Times. Il explique qu’un message d’erreur s’affichait lorsqu’il tentait de se connecter à son compte e-mail. Yahoo! a déclaré s'être « engagé à protéger la sécurité et la vie privée de ses usagers ». Kathleen McLaughlin, une journaliste américaine basée à Pékin, a été victime d’une telle attaque. Elle a déclaré à Reporters sans frontières aujourd’hui, « En entrant mes identifiants Yahoo! le 25 mars, j’ai reçu un message m’informant que mon compte avait des problèmes et que je devais contacter Yahoo! par téléphone pour des questions de sécurité. Au bout de six jours de tentatives infructeuses, l’accès à mon compte a finalement été restauré ce matin. Yahoo! ne m’a toujours pas expliqué qui avait accédé à mon compte ni comment ils avaient été informés de ces attaques et quelles informations ont pu être révélées ». Des cyber-attaques similaires à celles portées contre Google ont été identifiées au Viêt-nam. Un logiciel malfaisant aurait infecté des dizaines de milliers d’internautes alors qu’ils pensaient télécharger de simples logiciels. D’après Google, ce malware aurait permis d’espionner les utilisateurs touchés et de lancer des attaques de types DDoS contre des blogs contenant des contenus politiques. Ces attaques auraient visé en particulier les sites critiquant l’exploitation par une entreprise chinoise des mines de bauxite au Viêt-nam. Un sujet très sensible dans le pays. L’entreprise de sécurité informatique McAfee Inc, qui a détecté le malware/logiciel malfaisant, a même émis l’hypothèse selon laquelle « ses créateurs ont peut-être des liens avec le gouvernement viêtnamien ». Par ailleurs, le 30 mars 2010, Zhao Lianhai, le directeur du site Internet Kidney Stone Babies, dédié aux droits des enfants contaminés dans l’affaire du lait toxique, a été jugé à huis clos. Accusé d’avoir « occasionné des troubles », il est détenu depuis novembre 2009. Son verdict n’est pas encore connu.