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12 mars 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Corée du Nord


Le contrôle absolu des médias dans le pays le plus fermé au monde s’est illustré lors du décès de Kim Jong-iI et la soigneuse mise en scène de sa succession. Parallèlement, les marchés officiels et officieux des télécommunications prolifèrent. La politique du nouveau dirigeant, Kim Jong-un, en ce qui concerne les libertés fondamentales, semble s’inscrire dans la continuité de celle de son père, et inquiète à juste titre la communauté internationale. L’annonce de la mort de Kim Jong-il a montré l’emprise totale du pouvoir sur les médias et l’information dans le pays. Elle a finalement été révélée par la télévision d’Etat nord-coréenne après avoir été tenue secrète pendant deux jours.

La Corée du Nord en ligne, la théorie du juche numérique

La Corée du Nord a récemment fait son entrée officielle sur le World Wide Web pour y mener une guerre de propagande contre la Corée du Sud et les Etats-Unis. Le régime s’est doté d’une armée de hackers, chargée de destruction de sites et d’espionnage. Ceux-ci sont notamment formés au Mirim College, véritable centre de formation de hackers, ultra securisé et secret. Parallèlement, les autorités maintiennent soigneusement la grande majorité de la population à l’écart du Web, voire de l’intranet national, pourtant très limité et ultracensuré. (lire le chapitre Corée du Nord du rapport 2011 sur les Ennemis d’Internet).

Le développement des nouvelles technologies figurait parmi les objectifs du dernier “Editorial de la Nouvelle Année”, qui établissait les priorités des mois à venir, en accord avec la théorie du juche, de l’auto-suffisance du pays. Martyn Williams, sur le blog NorthKoreaTech.org, a signalé la parution, dans les médias officiels, d’une mise en scène d’ouvriers inspectant des ordinateurs dans une usine. Simple propagande ?

Pourtant, de plus en plus de médias nord-coréens lancent leurs sites Internet, comme Voice of Korea. Le journal du parti des travailleurs, Rodong Shinmun, semble s’adapter aux nouvelles technologies en transmettant des informations par téléphones portables à ses abonnés. L’envoi serait fait sous forme de MMS pour pallier à l’absence des smartphones.

Le succès des téléphones portables

Le développement des télécommunications pourrait-il être nourri par des considérations économiques ? En janvier 2011, l’accueil réservé par Kim Jong-il au patron d’Orascom, le businessman égyptien Naguib Sawiris, qui a développé la téléphonie mobile dans le pays par le biais de la joint venture Koryolink, a été compris comme un signal à l’attention des élites et du grand public en faveur d’une plus grande utilisation des réseaux, approuvée par les services de sécurité. A condition bien sûr que cela ne remette pas en cause le régime. La Corée du Nord prévoirait d’autoriser l’accès à Internet et aux téléphones portables dans la zone touristique spéciale érigée autour du Mont Kumgang, qui faisait précédemment l’objet d’un accord d’exploitation avec Hyundai.

L’explosion des téléphones portables - un million d’abonnés à la 3G début février 2012 pour une population de 24 millions d’habitants - pourrait constituer un facteur d’ouverture. Mais le réseau fonctionne uniquement dans le pays et reste sous étroite surveillance. Pourtant, désormais incapable de tout surveiller, le gouvernement fait quelques exemples pour contraindre le reste des utilisateurs à rester dans le rang.

Parallèlement au réseau officiel, les Nord-Coréens qui vivent près de la frontière avec la Chine, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres environ, ont la possibilité de se connecter illégalement au réseau mobile chinois. Les autorités ont renforcé la répression et les amendes pour avoir passé de simples coups de fil à l’étranger pourraient atteindre 1 million de wons (environ 750 euros), assorties d’une semaine de détention. En plus du brouillage des réseaux téléphoniques, le régime nord-coréen a établi un système de surveillance des appels émis depuis la Corée du Nord. Le coût élevé des communications et les contraintes géographiques limitent la généralisation des téléphones portables à l’ensemble de la population.

Contrebande à la frontière chinoise

La contrebande de l’information se joue à la frontière chinoise et crée une dynamique difficile à enrayer, mais plusieurs unités spéciales comme “le groupe 109”, ont été créées, certaines par Kim Jong-un lui-même, avant de prendre la tête du pays, pour contrecarrer ces activités clandestines. Le gouvernement surveille aussi les citoyens qui effectuent des déplacements en Chine. Toute personne critiquant le régime ou s’adonnant à des activités répréhensibles, telles que l’utilisation de l’Internet chinois, pourtant loin d’être libre, peut faire l’objet d’une dénonciation.

Malgré le renforcement de la répression et leur caractère illégal, les marchés sont très actifs et de plus en plus répandus. Ils sont le lieu de transit des DVD et CD de séries coréennes ou américaines, mais aussi de clés USB. Des associations coréennes diffusent aussi par d’autres moyens des “stealth usb”, qui contiennent des informations sur la démocratie et les droits de l’homme et visent à attirer l’attention des dissidents, des étudiants et des élites intellectuelles du pays.

De nombreuses interrogations demeurent quant au futur du pays et de ses communications. Kim Jong-un sera-t-il un successeur plus ouvert ? Ou juste une façade à un régime dirigé de facto par la junte militaire ? Son passif à la tête d’une unité chargée de contrôler dans la terreur la contrebande de médias “impurs” suscite l’inquiétude. Mais une chose est sûre : le développement d’une économie souterraine et la perméabilité de la frontière sino-coréenne, associés à un développement de la téléphonie mobile, sanctionnée ou non par le régime, sont des facteurs déterminants pour la perspective d’une ouverture progressive du pays.