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3 février 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Condamnation à neuf ans de prison de Hamma Hammami


Droits de la défense bafoués, règles du droit violées, journalistes brutalisés : RSF dénonce la mascarade du procès du journaliste et militant politique Hamma Hammami.
Reporters sans frontières (RSF) est indignée de la confirmation de la peine de neuf ans et trois mois de prison de Hamma Hammami, leader du parti communiste ouvrier tunisien (PCOT) et directeur de publication du journal El Badil, et de deux de ses camarades, le samedi 2 février. "Les droits de la défense bafoués, les règles du droit violées, des journalistes brutalisés et du matériel saisi : le procès du journaliste et militant communiste Hamma Hammami et de ses deux camarades a été une véritable mascarade, qui témoigne, une fois encore, du mépris des autorités tunisiennes pour les libertés et les droits de l'homme. M. Ben Ali a donné une nouvelle preuve au monde que l'indépendance de la justice en Tunisie n'est qu'une vue de l'esprit" a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "Nous demandons à l'Union européenne de prendre des sanctions immédiates à l'encontre de la Tunisie, avec laquelle elle a signé un accord d'association, dont l'article 2 précise que le respect des droits de l'homme est un élément essentiel de l'accord. Il serait scandaleux que l'Union européenne, comme les autorités françaises, continuent de cautionner le régime policier de M. Ben Ali qui, depuis une dizaine d'années, exerce une répression brutale à l'encontre des opposants" a ajouté M. Ménard. Hamma Hammami Selon les informations recueillies par RSF, le 2 février en fin d'après-midi, le tribunal de première instance de Tunis a confirmé la peine de neuf ans de prison de Hamma Hammami, Abdeljabar Madouri et Samir Taamallah, pour, entre autres, "maintien d'une organisation illégale". Lors de la première séance, en fin de matinée, alors que de nombreux observateurs internationaux étaient présents dans la salle, les avocats des trois hommes ont refusé d'obtempérer à la demande des policiers de quitter la salle. Vers 13h45, six policiers en civil ont pénétré dans la salle et se sont emparés, devant toutes les personnes présentes, des trois prévenus. Oussaima, la fille de Hamma Hammami, âgée de treize ans, a été brutalisée au moment où elle tentait de protéger son père. Peu après, une seconde séance s'est déroulée en l'absence des observateurs. Selon Nadia Hammami, la fille aînée de Hamma Hammami qui était présente, le juge est entré et ressorti quinze minutes plus tard sans avoir prononcé la moindre parole lors de cette audience. C'est lors d'une troisième audience, que le verdict est tombé. Par ailleurs, vendredi 1er févier, l'équipe de France 2 venue couvrir le procès s'est vu confisquer une cassette vidéo et son matériel a été endommagé. Le samedi 2 février, un cameraman d'Arte a été brutalisé devant le tribunal, sa caméra cassée et sa cassette confisquée. Une cameraman de France 3 a également été malmenée. Après la sortie de clandestinité de Hamma Hammami, Abdeljabar Madouri et Samir Taamallah, leurs avocats avaient fait opposition, le 14 janvier 2001, au jugement rendu par défaut le 14 juillet 1999, condamnant les trois hommes à neuf ans et trois mois de prison, avec exécution immédiate. Depuis l'annonce d'un nouveau procès, la présence policière autour notamment du tribunal de Tunis et de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme (LTDH) n'avait cessé de se renforcer. Le 30 janvier au soir, Mohseni Loumamba, journaliste au mensuel non autorisé Kaws el Karama, avait été violemment frappé à la tête, en pleine rue, par des policiers en civil après une conférence de rédaction du journal. Le 31, une réunion de soutien à Hamma Hammami avait été interdite par les forces de l'ordre.