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22 juillet 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Condamnation annulée pour le journaliste Rogelio Peláez: “n’oublions pas les autres procès de journalistes en Bolivie”


Le journaliste Rogelio Peláez, accusé de calomnie pour avoir révélé une affaire de détournement de fonds publics dans son journal Larga Vista, a vu sa peine de prison annulée. Une bonne nouvelle qui ne doit pas occulter les tensions entre gouvernement et journalistes indépendants. Actuellement, plusieurs journalistes demeurent dans le collimateur de la justice bolivienne. Reporters sans frontières salue l’annulation de la peine de deux ans et six mois de prison pour Rogelio Peláez par la Cour Suprême de justice de Bolivie, le 28 avril dernier. Le journaliste et directeur du journal mensuel Larga Vista avait été accusé de calomnie par l’avocat Waldo Molina, après avoir révélé dans le numéro d’avril 2010 une affaire de détournement de fonds publics par des membres du gouvernement bolivien. Cette décision tombe au terme de cinq ans de reconduite de procès et de harcèlement judiciaire contre le journaliste. “Si Reporters sans frontières se félicite de l’annulation de la peine de prison de Rogelio Peláez, nous ne saurions oublier en revanche les charges abusives à l’encontre de Claudio Aguilar et Claudia Buenavente , déclare Camille Soulier, responsable du bureau Amériques. Les deux journalistes du quotidien La Razón sont accusés d’espionnage et de révélation de secrets d’Etat par le gouvernement bolivien, et une menace de levée du secret des sources pèse sur eux. La justice bolivienne doit observer et respecter le secret professionnel garanti pour les journalistes par la loi sur la presse du 19 janvier 1925.” Les journalistes Claudio Aguilar et Claudia Buenavente ont publié, le 13 avril 2014, dans le quotidien La Razón un article sur la plainte déposée par l’Etat bolivien contre l’Etat chilien auprès de la Cour internationale de justice de La Haye, relative à l’enclavement maritime du pays, un conflit territorial hérité de la guerre du Pacifique. Les journalistes sont en conséquent accusés d’“espionnage” et le procureur général leur a ordonné de révéler leurs sources. Selon le gouvernement, les informations publiées dans La Razón relèveraient du secret d’État. Au Chili, pourtant, les documents relatifs à la plainte déposée par la Bolivie sont disponibles au public. Ce procès se déroule dans un climat hostile au journalisme d’investigation. Le 17 juin 2014, les studios de la chaîne de télévision Canal 33 ont été attaqués en plein enregistrement. Alors que l’émission ”Lo que se ve se anota” s’apprêtait à recevoir Rodolfo Calle, le président de la Commission des droits de l’homme de la chambre des députés, une grenade de gaz lacrymogène a été lancée dans le studio. L’attaque aurait fait suite à une série d’appels téléphoniques anonymes exigeant l’annulation du programme, dans la matinée. La situation tendue pour les journaliste a été confirmée par les déclarations d’Evo Morales. Le 17 juin 2014, le président a exprimé au cours d’une conférence de presse le peu de confiance qu’il accordait envers la presse indépendante. Selon lui, chaque média dit “indépendant” est aliéné par des lignes éditoriales et des intérêts privés. L’Etat bolivien est actuellement engagé dans des procès contre plusieurs médias, dont le quotidien Página Siete et l’Agence Fides pour diffamation et calomnie. La Bolivie est 94ème sur 180 pays dans le Classement de la liberté de la presse élaboré par Reporters sans frontières.