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27 mai 2016 - Mis à jour le 30 mai 2016

Bolivie : RSF dénonce une hostilité grandissante envers la presse

L’environnement de travail des journalistes boliviens s’est particulièrement dégradé depuis le début de l’année : accusations publiques, intimidations, menaces de poursuites judiciaires... Reporters sans frontières (RSF) dénonce ces tentatives de nuire à la profession de la part des autorités, et soutient les journalistes persécutés dans le pays.

Le 19 mai 2016, devant les membres de l’Assemblée législative de Bolivie, le ministre de la Présidence, Juan Ramón Quintana, accusait le journal Erbol, l’agence de presse Fides, ainsi que les quotidiens El Deber et Página Siete de former un « cartel de mensonges ». Cette déclaration fracassante a eu lieu alors que le ministre était interpellé par les parlementaires sur une affaire de trafic d’influence, impliquant le Président Evo Morales et son ex-compagne, qui a été révélée en début d’année par le journaliste Carlos Valverde et repris par de nombreux médias. D’après Quintana, il s’agit d’un scandale médiatique monté pour déstabiliser le pays. Depuis plusieurs mois, les reporters Amalia Pando, Raúl Peñaranda et Andrés Gómez sont visés par une véritable campagne de diffamation, marquée notamment par des attaques verbales.


Le 10 mai 2016, Wilson Garcia Mérida, directeur du journal Sol de Pando et accusé sans motif valable de sédition par le ministre Juan Ramón Quintana, recevait une convocation pour se présenter dès le lendemain devant le bureau du Procureur de Cochabamba, une ville à plusieurs centaines de kilomètres d’où il se trouvait. L’avocat de Garcia Mérida a tenté de reporter la date de la convocation et d’obtenir plus d’informations sur le procès et surtout prendre connaissance des chefs d’accusation retenus par Quintana. En vain. Pour échapper à ce déni de justice, le journaliste a dû fuir vers le Brésil, où il se trouve actuellement.


Le 27 avril 2016, le journaliste Jesús Alanoca, du quotidien El Deber, a été interpellé alors qu’il couvrait une manifestation en direct à La Paz. Des agents de la police nationale lui ont ordonné de supprimer les images qu’il avait enregistrées et l’ont détenu arbitrairement avant de le libérer. Deux jours plus tard, le photojournaliste Alvaro Valero, du quotidien Página Siete, subissait un sort similaire, agressé lors d’une manifestation dans la capitale.


Toujours dans le cadre de manifestations de rue en Bolivie, le documentariste australien Daniel Fallshawn a été intimidé à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux par un groupe d’activistes appelé Satucos, lié au gouvernement. Il réalise depuis plusieurs mois un reportage pour couvrir une mobilisation de personnes handicapées dans le pays.


« Ce climat d’hostilité envers la presse dégrade profondément la liberté d’expression en Bolivie, et ne peut plus durer, déclare Emmanuel Colombié, responsable du bureau Amérique Latine de RSF. Les insultes, les poursuites illégales et les campagnes de diffamation menées par les hauts représentants de l’État contre les journalistes de leur propre pays sont intolérables et engendrent une autocensure particulièrement néfaste pour la liberté de la presse.”


Par ailleurs, la député Mireya Montaño, leader du « Movimiento al Socialismo » (MAS), parti d’Evo Morales à l’Assemblée nationale, a récemment affirmé que la Loi de la Presse (Ley de Imprenta) devrait être revue. La déclaration a mis en alerte de nombreux journalistes du pays qui, dans le contexte actuel, estiment que la réforme de la loi pourrait avoir un impact négatif sur la liberté de l’information.


Le 10 août dernier, RSF dénonçait déjà ces manoeuvres du gouvernement qui annonçait que les médias réalisant un travail « politique » se verraient privés des ressources financières liées à la publicité gouvernementale.


La Bolivie se situe à la 97ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2016.