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7 septembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Blocages de sites, arrestations, torture : dégradation préoccupante


Ali Abdulemam, blogueur depuis onze ans, collaborant notamment avec l'organisation Global Voices Advocacy, a été arrêté le 4 septembre 2010 dans la soirée, alors qu’il avait été convoqué dans les bureaux de la sécurité nationale. Les autorités ont déclaré l’avoir arrêté alors qu'il tentait de fuir le pays. Il est accusé d’avoir diffusé de fausses informations sur le forum Internet BahrainOnline.org. Ce site, qu’il a lui-même créé et qui est un des plus populaires du royaume avec 100 000 visiteurs par jour, est bloqué au Bahrein. Ali Abdulemam a été l’une des premières personnes à avoir utilisé, dans le royaume, la Toile à des fins militantes. Il est intervenu dans de nombreuses conférences internationales pour dénoncer les atteintes aux droits de l’homme à Bahrein. Reporters sans frontières condamne la systématisation des arrestations des militants des droits de l'homme au Bahreïn, en particulier les blogueurs, et demande leur libération immédiate et sans condition. Sous couvert de lutter contre le terrorisme, les autorités ont lancé une véritable guerre contre tous ceux qui osent dénoncer la situation des droits de l’homme dans le royaume. L'organisation est particulièrement inquiète des allégations de torture et de mauvais traitements qu'elle a recueillies. La communauté internationale, notamment par le biais de la haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, doit intervenir afin que de telles pratiques cessent. Nabeel Rajab, directeur du Bahrain Centre for Human rights, organisation partenaire de Reporters sans frontières, fait l'objet d'une véritable campagne de diffamation dans les médias gouvernementaux. Il a découvert dans les journaux, notamment dans le Gulf Daily News daté du 5 septembre, qu’il était considéré comme l’un des membres d'un prétendu « réseau terroriste sophistiqué ». Il s’attend à être arrêté à tout moment (http://www.gulf-daily-news.com/source/XXXIII/169/pdf/PAGE02.pdf). Par ailleurs des dizaines de sites Internet politiques, religieux ou de défense de la liberté d’expression ont été bloqués depuis le 13 août. Le 26 août, le procureur a interdit aux médias du royaume de publier des informations indépendantes relatives aux arrestations. La presse et Internet sont désormais muselés. Vingt-trois personnes sont aujourd’hui détenues sous le coup de la loi antiterroriste de 2006. Le procureur a décidé de prolonger leur détention pour une durée supplémentaire de soixante jours. Plus de 160 auraient été en réalité arrêtés. La plupart sont des hommes politiques et militants chiites, de bords politiques différents, accusés de conspirer contre la monarchie en incitant au sabotage. Abdul Ghani al-Kanjar, porte-parole du Comité national bahreïni pour les martyrs et victimes de la torture, Mohammed Saeed, membre de la direction du Centre des droits de l’homme de Bahreïn, Jaafar Hisabi et Abdeljalil Al-Singace (http://fr.rsf.org/bahrein-arrestations-inacceptables-de-18-08-2010,38176.html), les quatre premiers militants arrêtés, ont dénoncé avoir été victimes d'actes de torture. Abdeljalil Al-Singace aurait été frappé et humilié. Reporters sans frontières s’inquiète de son état de santé.