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12 mars 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Birmanie


L’assouplissement du régime se traduit par une amélioration de la situation de l’information sur Internet, même si la surveillance reste étroite. La communauté internationale et les défenseurs birmans des droits de l’homme doivent rester vigilants et continuer de faire progresser les libertés. L’une des priorités est de revoir le cadre législatif, liberticide. Le chemin à parcourir est encore long mais les réformes engagées semblent difficilement réversibles.

Les débuts de l’ère Thein Sein inquiétants pour la liberté sur Internet

En mars 2011, le président Thein Sein avait déclaré, dans son discours inaugural, que le rôle des médias devait être respecté. Pourtant, les restrictions concernant les cybercafés, déjà sévères (lire le chapitre Birmanie du rapport 2011 sur les Ennemis d’Internet) ont été renforcées en mai 2011. L’utilisation de disques durs externes, clés USB et CD avait alors été interdite, tout comme l’utilisation des services de téléphonie sur Internet (VoIP) pour appeler l’étranger, une mesure interprétée comme destinée à isoler davantage les dissidents.

Libérations de journalistes et blogueurs et déblocages de sites

Une série d’amnisties a permis, ces derniers mois, la libération de milliers de prisonniers, dont des centaines de prisonniers d’opinion. Parmi eux des journalistes et des blogueurs. Tous les journalistes de la Democratic Voice of Burma (DVB), y compris Hla Hla Win, Ngwe Soe Lin, Win Maw, Sithu Zeya et son père U Zeya, mais aussi deux journalistes indépendants, Thant Zin Aung, Zaw Thet Htwe et le blogueur Nay Phone Latt, ont été libérés, les derniers en janvier 2012. Le blogueur et comédien Zarganar avait été relâché en octobre 2011.

Plusieurs sites Internet d’information, dont BBC, Reuters, The Bangkok Post, Straits Times, Radio Free Asia, Irrawaddy, Democratic Voice of Burma, la version birmane de Voice of America et Youtube ont été débloqués au lendemain de la visite du rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, au moment de la Journée internationale de la démocratie.

Entre optimisme et vigilance

En novembre 2011, Reporters sans frontières a interrogé la célèbre dissidente Aung San Suu Kyi, à l’occasion d’une vidéo-conférence organisée par le Council on Foreign Relations aux Etats-unis, sur la situation de la liberté de la presse en Birmanie. Selon elle, “il y a eu une amélioration progressive de la situation”. Les autorités commencent à “lâcher du lest”. “Je pense que cette détente s’applique à tout le monde en général”, a-t-elle estimé. Depuis septembre 2011, son nom est autorisé à la publication dans les médias.

Nay Phone Latt, lauréat du Prix du blogueur de Reporters sans frontières avec Zarganar, a estimé, dans une interview accordée, en janvier 2012, après sa libération, à Reporters sans frontières, que les nouveaux médias et les blogueurs avaient contribué au changement politique en Birmanie tout en prévenant que “Nous ne sommes pas encore libres. (..) La répression est encore là”. Dans un entretien avec la chaîne France 24, il avait confié : “Je ne peux m’empêcher de trouver la rapidité de ces changements inquiétante”. Et de rappeler : “Utiliser Gmail, lire des blogs, aller sur Facebook ainsi que visiter des sites d’information sont désormais possibles. Mais les textes sur les restrictions et les sites autorisés existent toujours. Il faut les abroger. (...) Nous ne serons pas entièrement en sécurité tant qu’il n’y a pas de loi protégeant la liberté d’expression”.

En effet, pour enraciner les réformes et éviter un retour en arrière, c’est tout le cadre législatif qui doit être revu. Un signe positif : les autorités ont promis l’adoption, en 2012, d’une loi sur les médias qui mettra fin à la censure. Elles devront ensuite s’atteler à la révision ou à l’abrogation de l’Electronic Act et de la loi sur l’état d’urgence. Des individus se font encore arrêter en vertu de la loi sur les associations illégales ou pour des accusations de trahison.

Si certaines figures majeures de l’opposition, comme Min Ko Naing et Ashin Gambira, ont été relâchées, le blogueur Kaung Myat Hlaing (Nat Soe), emprisonné depuis avril 2010, et quatre autres journalistes, restent derrière les barreaux. Tout comme plus de 450 prisonniers politiques selon les estimations de la Ligue nationale pour la démocratie. D’autres, comme le journaliste de la DVB Sithu Zeya, ont bénéficié d’une libération conditionnelle et peuvent potentiellement retourner en prison à n’importe quel moment, par exemple s’ils envoient une photo à la DVB. Certains considèrent que ces amnisties n’ont pas été assez loin, que le gouvernement utilise les prisonniers restants comme des otages dans leurs négociations avec la communauté internationale.

La structure même du nouvel Internet birman, telle que modifiée en 2010, octroie davantage de possibilités de surveillance aux autorités, tout en réservant les bénéfices d’un accès plus rapide et de meilleure qualité aux membres du régime, d’après un rapport exclusif publié par Reporters sans frontières et la Burma Media Association. Des mouchards indétectables peuvent être placés sur le serveur destiné à la population civile, afin de récupérer différentes données confidentielles. Les autorités doivent faire preuve de transparence et autoriser un audit indépendant de l’infrastructure qui déterminerait les changements à apporter pour rassurer les utilisateurs et nettoyer la plateforme d’outils de surveillance abusifs. Elles doivent aussi s'expliquer sur le futur des fournisseurs d'accès à Internet (FAI) Myanmar Post and Telecommunication (MPT) et de Yatanarpon, l'emprise que l'Etat conserve sur ces deux structures et les potentialités et condition de privatisation. L’utilisation de technologies de l’entreprise Blue Coat en Birmanie, observée sur FAI Yatanarpon Teleport, soulève des questions quant à la politique de filtrage de la compagnie et ses possibilités de surveillance du Net.

Plusieurs rapports signalent une vitesse très lente de la bande passante. Si bien que le groupe Eleven Media a récemment lancé un système d’envoi d’informations par SMS pour mieux répondre aux besoins de ses lecteurs.

Le régime doit aussi développer l'accès à Internet à la population. Seul 1% de la population a accès à Internet, et le pays ne dispose que d’environ 500 cybercafés, situés principalement dans les grandes villes.

La normalisation des relations - notamment commerciales - avec l’Occident reste un élément clé qui explique l’évolution récente du régime birman, soucieux de sortir du marasme économique et de contre-balancer l'influence hégémonique chinoise.

La Birmanie convoitait depuis longtemps la présidence de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Les réformes engagées la lui garantissent pour l’année 2014. Un assouplissement des sanctions américaines pourraient intervenir prochainement mais le Congrès continue de se montrer très critique envers le régime pour le pousser à davantage de réformes et une véritable transition démocratique. Les yeux du monde seront rivés sur la Birmanie au moment des élections partielles d’avril 2012.