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12 mars 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Bélarus


A mesure que le pays s’enferre dans l’isolement politique et le marasme économique, le régime du président Loukachenko montre son vrai visage. Internet, espace de mobilisation et d’information, a subi de plein fouet la violente réaction des autorités à la “révolution à travers les réseaux sociaux”.

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Internet a joué un rôle crucial dans un contexte de renforcement de la censure et de chasse aux journalistes. Les reporters étrangers, en particulier russes, sont devenus personæ non gratæ. Une centaine de journalistes bélarusses ont été interpellés pour la seule année 2011 et plus de trente ont été condamnés à des peines d’emprisonnement, à l’image d’Irina Khalip, correspondante du journal russe indépendant Novaya Gazeta, et de Natalia Radzina du site Charter97.org, forcée à s’exiler en Lituanie. Les pressions sur les net-citoyens et les cyberattaques contre les médias en ligne se sont multipliées. La surveillance constante est devenue la norme.

Le filtrage du Net, prévu par le décret n°60 (voir le chapitre Bélarus du rapport 2011 sur les Ennemis d’Internet), s’est accentué. La liste noire des sites bloqués n’a cessé de s’allonger depuis les troubles de décembre 2010. Elle inclut désormais notamment le site d’information Charter97.org, le site d’opposition belaruspartisan.org, celui de l’ONG de défense des droits de l’homme Viasna, ou bien le blog de l’humoriste Yauhen Lipkovich sur LiveJournal.

Renforcer le black-out en période d’instabilité

En décembre 2010, les manifestations contre la réélection de Loukachenko avaient poussé le régime à durcir la répression. Une nouvelle série d’événements déstabilisateurs l’ont conduit à vouloir imposer un véritable black-out de la couverture des attentats du métro de Minsk en avril 2011. Les journalistes jugés trop mobilisés par cette affaire, qualifiés de “scélérats” et “criminels”, ont été accusés de “diffusion de fausses informations” et de “diffamation”. Les sites Charter97.org et belaruspartisan.org, connus pour être critiques envers la politique gouvernementale, ont été victimes de cyberattaques. Le 12 avril 2011, le procureur général Grigori Vassilievitch avait donné le ton en déclarant ouvertement vouloir “mettre de l’ordre” sur la toile.

En juin et en juillet 2011, des manifestations pacifiques contre le régime ont été violemment réprimées : des centaines de personnes ont été arrêtées, dont des dizaines de journalistes, et Internet a été partiellement bloqué au cours des “protestations silencieuses”, sans slogans ni banderoles, qui se sont déroulées dans tout le pays. Les participants dénonçaient, outre le régime lui-même, la dégradation des conditions de vie et la dévaluation de leur monnaie. La “révolution à travers les réseaux sociaux”, largement relayée sur Twitter via le hashtag #2206v1900, et sur l’équivalent russophone de Facebook, Vkontakte, a fait tache d’huile.

“Conversations préventives” et menaces de représailles sur Twitter

Face à l’ampleur de la mobilisation, les autorités sont passées à l’offensive sur Internet. Le groupe “Révolution à travers les réseaux sociaux”, qui comptait 216 000 membres, a été fermé par Vkontakte à la veille des manifestations le 3 juillet 2011, avant de rouvrir le lendemain à une nouvelle adresse, perdant de nombreux participants dans cette manoeuvre. Le site Vkontakte a été rendu inaccessible durant plusieurs heures, le 13 juillet 2011, par certains fournisseurs d’accès à Internet, comme ByFly. Le 3 juillet, le site du service bélarusse de Radio Free Europe/ Radio Liberty a été l’objet d’une attaque par déni de service (DDoS), qui l’a rendu hors d’usage pendant plusieurs heures.

Sur le modèle des invitations à la chinoise à “prendre le thé”, certains internautes ont été invités par la police à des “conversations préventives” afin de les inciter à renoncer à manifester. Malgré les pressions, de nombreux blogs et médias en ligne, comme Euroradio.by, Babruiski Rehiyanalny Portal (à Babruisk), Silnye Novosti (à Homyel), Ximik.info (à Novopolodosk) ont couvert les manifestations. Youtube a été largement utilisé pour diffuser les vidéos des événements.

Censurant d’une part les contestations sur Internet, le gouvernement a, d’autre part, utilisé le web pour intimider les manifestants : ainsi, le ministère de l’Intérieur, qui a créé son compte Twitter (@mvd_by) en avril 2011, suivi du Département de la police de Minsk (@GUVD_Minsk), n’a pas hésité à tweeter des messages d’avertissement lors des manifestations : “A tout ceux qui se rendent au square (...) : vous aurez à en répondre”. Le fournisseur d’accès bélarusse BelTelecom a, quant à lui, redirigé les internautes cherchant à se connecter à Vkontakte vers des sites contenant des logiciels malveillants. Entre début mai et début juin 2011, au moins sept sites ont été fermés sur demande de la police, qui s’est vu attribuer de nouvelles prérogatives par la loi du 1er mars 2011.

Poursuivre la légalisation du contrôle et de la surveillance

Les autorités ont poursuivi l’offensive sur le terrain légal. Suite au décret n°60 de février 2010, la loi n°317-3, entrée en vigueur le 6 janvier 2012 au Bélarus, a entériné la surveillance du Net et renforcé le dispositif de contrôle du Web au Bélarus, en y ajoutant un arsenal répressif. L’enrôlement forcé des fournisseurs d’accès Internet (FAI) et des cybercafés, chargés de récolter les données personnelles des internautes, la surveillance des citoyens, ainsi que la possibilité pour les autorités d’ordonner le blocage de tout site jugé “extrémiste” (une définition vague qui conduit aisément à un surblocage et à la fermeture de sites d’opposition) figuraient parmi les principales caractéristiques du décret n°60 de février 2010. La nouvelle loi envisage des sanctions pour ceux qui violeraient ces dispositions. La loi impose aux sites de sociétés bélarusses d’être hébergés ou dûment enregistrés dans le pays. Si les entités non commerciales ne semblent pas directement concernées pour le moment, les autorités restent libres d’établir une liste de sites interdits, contrôlée par des organismes d’Etat.

L’Union européenne a renforcé, en janvier 2012, ses sanctions contre des individus et des entités bélarusses, touchés par des restrictions de voyage et un gel de leurs avoirs. Le régime ne trouvera pas le salut en sombrant dans une hystérie répressive qui ne fait qu’exacerber les tensions. Il est urgent qu’il entende les appels à la raison de la communauté internationale et mette un terme à la répression aveugle ainsi qu’à la guerre de l’information.